Hongrie: Orban aime Macron mais pas ses idées

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L’édito international est une chronique de l'émission Toute l'info du week-end
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François Clemenceau revient chaque matin sur un évènement international au micro d'Europe 1 Bonjour.

Pourquoi la Hongrie fait tousser l’Europe ?

Les électeurs hongrois votent ce dimanche pour renouveler leur Parlement au terme d’une campagne que le Premier ministre, Viktor Orban, a focalisé sur la question identitaire et l’immigration, au grand dam des Européens. 

Selon les derniers sondages, il reste encore un gros tiers d’indécis et rien ne dit que le premier ministre sortant, Viktor Orban, sera réélu pour un troisième mandat comme une lettre à la poste. Mais il est malgré tout le grand favori pour deux raisons. La première tient à l’éclatement de l’opposition de gauche qui n’a pas su ou pas voulu se coaliser contre un ennemi commun ; la seconde à l’existence d’une force d’opposition d’extrême droite qui canalise les rejets et les frustrations : c’est le parti Jobbik qui flirte avec le néonazisme et estime que le nationalisme d’Orban est trop mou.

Et pourtant, Viktor Orban n’a pas lésiné sur la question de l’identité et de la menace migratoire.

C’est rien de le dire, il a exploité sur tous les tons la peur que les Hongrois ressentent face à l’inconnu. Il n’y a que 1% d’immigrés en Hongrie, pour 10 millions d’habitants, mais les Hongrois ont été traumatisés par l’épisode de la vague de réfugiés de 2015. À l’époque 400.000 migrants sont passés de la Serbie à l’Allemagne en transitant par la Hongrie, et si presque aucun n’est resté, comme me le confiait hier un diplomate hongrois, "c’est parce que les migrants n’ont aucune envie de s’installer en Hongrie". Alors pourquoi avoir eu peur d’être solidaire des Européens en acceptant un quota de migrants (à peine 1.300 à l’époque) ? Et pourquoi en avoir peur, maintenant que la Hongrie s’est dotée de frontières quasiment infranchissables ? Les officiels évoquent alors un risque à long terme, vous citent une étude de l’OTAN selon laquelle 60 millions d’africains quitteront leur continent dans les 20 ans à venir et préfèrent se barricader aujourd’hui plutôt que d’affronter un tel potentiel à la dernière minute. Mais on voit bien surtout derrière ce discours que c’est la protection de l’identité nationale qui est en jeu. J’ai entendu hier cette phrase, "certes l’union fait la force mais la diversité aussi est une force". Autrement dit chacun chez soi.

Ce qui rend la relation avec Bruxelles compliquée.

Pas uniquement, avec le projet de relance européenne d’Emmanuel Macron également. Parce que cette campagne s’est accompagnée d’un discours anti-occidental, avec des attaques quotidiennes contre le milliardaire juif américain, d’origine hongroise, George Soros, accusé de tous les maux et que le fossé se creuse entre les générations. Un tiers des jeunes hongrois de moins de 30 ans souhaite quitter le pays, selon une enquête publiée l’an dernier. Et le fait que ce soit principalement pour des raisons financières, alors que Viktor Orban se flatte justement d’avoir fait baisser le chômage et rendu l’économie plus prospère, montre qu’il n’a pas convaincu la jeunesse sur ce terrain.