En Inde, Macron veut voir loin

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L’édito international est une chronique de l'émission Europe 1 bonjour
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François Clemenceau revient chaque matin sur un évènement international au micro d'Europe 1 Bonjour.

En Inde, Macron veut voir loin

Le président de la République arrive ce soir en Inde pour une visite de trois jours. Il y a des promesses commerciales mais surtout de la stratégie dans l’air. 

De la stratégie, car comme l’a confié Emmanuel Macron dans un entretien à un journal indien, « lorsqu’on est jeune, on a la responsabilité de voir loin ». Et c’est vrai que l’Inde, si l’on regarde le long terme, sera l’autre puissance incontournable en Asie pour les Occidentaux. L’époque de l’Inde prosoviétique est révolue depuis longtemps, la période de transition pendant laquelle ce géant de la démographie, avec plus d’un milliard d’habitants, a fait jouer les rivalités pour rester non-alignée est également dépassée. L’Inde est certes devenue plus nationaliste encore, notamment avec le premier ministre actuel Narendra Modi, mais elle a surtout choisi de se muscler face à la Chine. En cherchant des interlocuteurs solides. L’Amérique d’abord, bien qu’à New Dehli on reste méfiant sur la relation entre les Etats-Unis et le Pakistan musulman. Avec l’Australie et le Japon ensuite, indispensables dans la zone Pacifique. Ces quatre grandes nations forment aujourd’hui ce qu’on appelle le Quad, un forum de coopération politique pour contrer l’hégémonie chinoise en Asie. Mais il fallait à l’Inde un partenaire en Europe pour équilibrer le tout, et c’est la France.

Pourquoi la France et pas le Royaume Uni, avec qui les liens sont historiques ?

Parce qu’il y a précisément le poids de l’histoire coloniale. Bien sûr qu’il a été pacifié, bien sûr qu’aujourd’hui les étudiants indiens préfèrent aller à Londres ou aux Etats-Unis mais la Grande Bretagne a choisi le Brexit et l’Inde veut s’ancrer à l’Europe. Or, quelle grande puissance aujourd’hui, on en parle jamais, dispose de relais et d’influence dans cette zone qui va de l’Océan Indien au Pacifique, c’est la France. L’une des grandes annonces de cette visite va concerner le partage de bases militaires et navales entre la France et l’Inde. Entre Djibouti, la Réunion, les Comores, les Emirats arabes unis, sans parler de la Polynésie et de la Nouvelle Calédonie, la capacité de projection et de relais de puissance de la France dans cette région est inégalée. C’est aussi parce que les industriels de l’armement français ont une expérience de très longue date en Asie que l’Inde a choisi le Rafale et les sous-marins Scorpène. D’autres contrats sont en cours de négociation, notamment 200  hélicoptères pour la marine indienne. Si l’on additionne le montant des appels d’offre auxquels ont répondu les Français, il y en a pour près de 40 milliards d’euros.

Mais l’avenir, ce n’est pas que la sécurité et la défense.

Non, c’est aussi la science et le climat. La France et l’Inde vont s’engager dans une nouvelle ère de coopération scientifique dans le domaine de l'énergie de demain, le solaire, les nanotechnologies, les villes intelligentes, le numérique. Emmanuel Macron en parlera sur place avec 200 représentants de la jeunesse indienne. Ils sont 600 millions à avoir moins de 25 ans, c’est l’Inde de demain.