Égypte : la commission électorale doit annoncer qui sera candidat à la prochaine élection présidentielle

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L’édito international est une chronique de l'émission Europe 1 bonjour
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Didier François revient chaque matin sur un évènement international au micro d'Europe 1 Bonjour.

Coup de projecteur sur l’Égypte où la commission électorale doit annoncer ce mardi qui sera candidat à la présidentielle de mars prochain.  

Ça va être vite fait, le maréchal Sisi ayant obtenu que tous ses concurrents un tant soit peu sérieux abandonnent ou ne puissent se présenter, ce qui en fait l’unique prétendant à sa réélection.

Sans surprise, le maréchal Abdel Fatah al-Sissi brigue un nouveau mandat à la tête de l’Égypte qu’il dirige d’une main de fer depuis son coup de force contre les frères Musulmans en 2014. De toutes évidences il n’entend prendre aucun risque pour remporter le scrutin présidentiel qui doit avoir lieu en mars prochain.

C’est le moins que l’on puisse dire car la liste de ses concurrents potentiels a fondu comme neige au soleil et cela pour d’excellentes raisons. Ahmed Chafiq, général d’aviation et ancien Premier ministre, avait annoncé sa candidature fin novembre depuis les Emirats arabes unis. Il a été arrêté dès son retour au Caire, a disparu pendant 24 heures et renoncé sans explication dès sa libération.

Le colonel Ahmed Konsowa, mêmes causes mêmes effets. En décembre, il déclare vouloir se présenter et se voit condamner à six ans de prison pour "comportement nuisant aux exigences du système militaire", il ne peut donc plus concourir.

L’avocat Khaled Ali, défenseur des droits de l’homme et candidat de la gauche, a été condamné à trois mois de prison pour "atteinte à la moralité publique" parce qu’il aurait fait un bras d’honneur. Il a donc lui aussi renoncé à la présidentielle.

Mohamed Anouar el-Sadate, le neveu du président Sadate, une figure donc, a parfaitement compris le message et a renoncé à ses ambitions il y a 15 jours.

Et dernière défection en date, le général Sami Anan, ancien chef d’état-major de l’armée égyptienne, très proche des Américains. Il décide de prendre le relais il y a quinze jours, immédiatement arrêté il est mis en accusation par la justice militaire pour falsification de documents ce qui lui interdit de se présenter.

Il ne fait pas bon vouloir se présenter contre le maréchal-président.

Le maréchal Sissi sera donc le seul véritable candidat à sa succession ?

Voilà, on peut vraiment le résumer comme ça à une toute petite nuance près. Comme ça commence à faire quand même à faire un peu négligé, il n’est pas totalement exclus que dans la journée le pouvoir pousse un candidat à déposer son dossier devant la commission électorale. On parle de Moussa Moustafa Moussa, dirigeant d'un petit parti libéral sans couleur, sans odeur et sans saveur, et qui en plus avait soutenu le maréchal Sissi lors de la dernière consultation. Avec des opposants pareils, il n’a pas trop de soucis à se faire.

Mais pourquoi un tel verrouillage quand on sait que Sissi ne risque absolument pas de perdre cette élection ?

Une telle réaction parait totalement disproportionnée voire contre-productive puisqu’elle met très sérieusement en cause la légitimité de ce vote et donc la réélection du maréchal qui avait déjà été élu président avec 97% des voix juste après qu’il eut dirigé un coup d’État contre les Frères Musulmans. Mais elle est également très révélatrice du niveau de paranoïa et de crispation des militaires égyptiens qui ne tolèrent aucune critique et aucune opposition.