Dans la Ghouta et à Afrin, la politique cynique de brutalité est malheureusement très efficace

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L’édito international est une chronique de l'émission Europe 1 bonjour
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Didier François revient chaque matin sur un évènement international au micro d'Europe 1 Bonjour.

Triste dimanche en Syrie où le cessez-le-feu exigé par les Nations Unies n'aura donc eu aucun effet.

Ni sur Bashar al-Assad qui a visité ce dimanche ses troupes toujours à l'offensive dans la Ghouta, ni sur le président turc dont les armées occupent désormais la ville kurde d'Afrine. Les deux autocrates jettent sans le moindre état d'âme des milliers de civils sur les routes de l'exode mais ils ont la bénédiction de Vladimir Poutine, le grand vainqueur du jour.

C'est une image absolument incroyable, un véritable défi à la communauté internationale. Le président syrien, Bashar al-Assad, s'est rendu ce dimanche dans la Ghouta pour y encourager ses troupes à poursuivre l'offensive malgré le cessez-le-feu exigé par le Conseil de sécurité des Nations Unies.

Il y a très clairement, de la part de Bashar al-Assad, une volonté de démontrer et de mettre en scène l'impuissance des Occidentaux à faire respecter les instruments du droit international face au cynisme et à la brutalité parfaitement assumés. Cela fait maintenant 15 jours que les Nations Unies ont adopté cette résolution qui réclame l'instauration d'une trêve dans toute la Syrie or qu'a-t-on vu sur le terrain ? Exactement l'inverse. Une intensification des combats dans la Ghouta, à côté de Damas, où le régime a lancé son offensive au sol au lendemain exactement du vote au Conseil de sécurité et qui a depuis repris la moitié du quartier aux rebelles islamistes, ce qui n'est en soit pas un problème s'il n'en avait pas profité pour punir la population civile suspecte de forte antipathie à son égard. Car cela c'est un crime de guerre et ce n'est pas acceptable.

Bashar al-Assad n'est pas le seul à se moquer de la résolution des Nations Unies ?

Oui et c'est bien le problème. Puisque dans le nord, c'est la Turquie du président islamiste Recep Erdogan qui a lancé son armée contre des combattants kurdes tout ce qu'il y a de plus laïcs et particulièrement engagés à nos côtés dans la lutte contre Daesh. Ces mêmes combattants kurdes qui ont libéré la ville de Raqqa ont dû abandonner hier celle d'Afrin, désormais occupée par des milices dans lesquelles les services turcs de renseignement n'ont pas hésité à enrôler des djihadistes de l'État islamique ayant fui Raqqa. C'est d'un cynisme incroyable de la part d'un pays membre de l'Otan et, rappelons-le, candidat à une adhésion à l'Union européenne.

Comment se fait-il que l' Occident ou la communauté internationale ne réagisse pas plus que ça ?

La raison en est assez simple. En fait, ni Bashar al-Assad ni Recep Erdogan ne pourraient se permettre d'infliger un tel camouflet aux puissances occidentales s'ils n'avaient pas obtenu la protection ou en tous cas l'assentiment d'un solide protecteur. Et ce protecteur c'est Vladimir Poutine qui, en Syrie, soutien sans mollir le régime de Bashar al-Assad et permet à la Turquie d'utiliser l'espace aérien sous son contrôle pour bombarder les Kurdes à Afrin. Il connait parfaitement l'effet de sidération que provoque son usage décomplexé de la violence que ce soit en politique intérieure ou en politique étrangère. La fin de sa campagne électorale a tout de même été marqué par deux épisodes particulièrement brutaux, son discours devant la Douma sur la puissance nucléaire russe et l'assassinat avec un gaz de combat d'un défecteur du KGB à Londres. Ce qui ne lui a pas fait perdre les élections, loin de là. Son prochain mandat risque d'être particulièrement rugueux dans le domaine des relations internationales.