Centenaire de la Révolution d’Octobre : le film Mathilda dérange en Russie

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L’édito international est une chronique de l'émission Europe 1 bonjour
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François Clémenceau revient chaque matin sur un évènement international au micro d'Europe 1 Bonjour.

La révolution d’octobre et le film qui fait scandale

Il y a 100 ans jour pour jour éclatait la révolution d’octobre en Russie. Un centenaire que Vladimir Poutine a décidé de ne pas célébrer officiellement. Il faut dire que sa relation historique avec le tsarisme est ambiguë. Comme l’illustre une polémique cette semaine à propos d’un film sur Nicolas II qui doit sortir en salles demain dans les cinémas russes. 

Le film s’appelle Mathilde et cela fait neuf mois que sa production comme sa diffusion  créée comme un malaise. Il raconte la jeunesse de Nicolas II, et singulièrement sa passion pour Mathilde Kschessinska, une jeune ballerine du théâtre Mariinski. Une liaison qui aurait duré bien après le mariage du tsar avec une princesse allemande. On connait le destin tragique de la famille impériale après la révolution, le couple et ses enfants ainsi que leurs proches exécutés par un comité bolchévique de l’Oural. Le destin des Romanov a toujours fait couler beaucoup d’encre en Occident mais tant que le communisme régnait en URSS, le sujet était tabou. Dans la mythologie soviétique, le tsar était la cause de tous les maux et la révolution le processus d’émancipation du peuple et de la nation.

Sauf que Vladimir Poutine a changé la donne ?

Disons que les choses avaient commencé avant lui lorsque Boris Eltsine a  autorisé le transfert des cendres des Romanov à St Petersbourg mais c’est vrai que c’est sous la présidence Poutine que l’histoire de la Russie impériale a été réconciliée avec celle de la Russie d’aujourd’hui. Il a beau avouer sa nostalgie de la grandeur soviétique, c’est tout de même lui qui a permis de réhabiliter le tsar et il ne s’est pas opposé à la canonisation de Nicolas II par l’Eglise russe orthodoxe il y a 17 ans, une Église avec laquelle il entretient des liens politiques et presque policiers pour étendre son influence politique dans le pays et jusque dans la diaspora russe à travers le monde.

Et alors, comment réagit-il à la polémique sur le film ?

Avec beaucoup d’ambiguïté. L’Église orthodoxe crie au scandale, dénonce un sacrilège et des organisations nostalgiques de l’Empire menacent d’incendier des salles de cinéma si le film Mathilde y est projeté à partir de demain. Le président, lui, n’a pas voulu le faire interdire malgré les plaintes en justice, mais il n’a pas non plus encouragé les réseaux de distribution à tenir bons face aux menaces. Il a dénoncé les pressions des extrémistes mais la police ne les poursuit pas. Bref, il y a là comme un malaise dans le couple que forment l’État russe et l’Église orthodoxe, comme si les liens entretenus jusqu’à présent était un peu trop artificiels.