Catalogne: l'impuissance de Mariano Rajoy

  • A
  • A
Voir la vidéo sur Dailymotion
L’édito international est une chronique de l'émission Europe 1 bonjour
Partagez sur :

François Clemenceau revient chaque matin sur un évènement international au micro d'Europe 1 Bonjour.

Catalogne : Mariano Rajoy joue sa survie

Le Premier ministre espagnol se retrouve aujourd’hui une fois de plus défié par les partisans de l’indépendance catalane. Au point que ses proches se posent la question de son maintien au pouvoir.

Il a 62 ans et peut-être qu’il en a assez. Il s’est beaucoup battu, d’abord pour remettre son pays sur les rails à partir de 2011 après la crise financière terrible qu’a traversée l’Espagne, puis pour se faire réélire après la purge économique et sociale qu’il a fait subir aux Espagnols, la plus sévère qu’ait connu le pays depuis l’avènement de la démocratie. Puis contre le déclin de son parti fragilisé par des affaires de corruption hallucinantes. Et enfin contre le séparatisme catalan. Il est catholique et conservateur mais surtout galicien et juriste. Son grand-père avait rédigé les statuts de l’autonomie de la Galice bien avant le début de la guerre civile, et lui-même sait ce que le droit peut et ne peut pas tolérer. L’autonomie et la décentralisation oui, l’indépendance et la dissolution de la nation non.

Sauf que là, les indépendantistes catalans le défient une fois de plus ouvertement.

Oui, on va bien voir d’ici le 31 janvier comment les leaders catalans au Parlement essaient ou non finalement de porter Carles Puidgemont à la tête du gouvernement catalan. Soit ils le désignent alors qu’il a choisi l’exil, et c’est clairement un défi à Madrid qui ne reconnait pas de genre d’arrangements avec la réalité exécutive. Soit ils désignent un autre leader mais alors très vite, la question de l’indépendance reviendra à l’ordre du jour et Mariano Rajoy obtiendra peut-être un sursis pour négocier une formule médiane de plus forte d’autonomie, ce qui ne serait pas pour déplaire  à certains. Mais dans les deux cas, l’affaire catalane est en train de ruiner son mandat sans parler des risques économiques que fait peser cette situation sur le reste du pays et les risques de divisions profondes au sein de la société sur le terrain identitaire.

Alors, il pourrait vraiment démissionner ?

Cette question n’est plus taboue au Parti populaire qu’il dirige. De toute façon sa majorité est très faible aux Cortès, le parti centriste Ciudadanos d’Albert Rivera, créé il y a seulement trois ans,  vient de passer devant le parti populaire en intentions de vote dans les deux derniers sondages nationaux réalisés depuis les élections en Catalogne. Rajoy pourrait ainsi, en partant, rebattre les cartes, permettre à des leaders conservateurs de prendre le relais avec du sang neuf. Théoriquement, les prochaines élections parlementaires sont en juin 2020, mais Rajoy pourrait se donner le temps de préparer sa succession pour donner une chance au Parti populaire de tirer son épingle du jeu. À moins d’une accumulation d’erreurs de la part des séparatistes catalans et de ses rivaux centristes, c’est le scénario le plus probable. Il n’est pas glorieux mais il aurait l’avantage de la cohérence et de la dignité.