Burkina Faso : le nouveau point faible sécuritaire pour la France en Afrique

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L’édito international est une chronique de l'émission Europe 1 bonjour
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Didier François revient chaque matin sur un évènement international au micro d'Europe 1 Bonjour.

Didier François revient ce lundi matin sur l'attaque menée ce week-end par contre l'ambassade de France à Ouagadougou, attentat revendiqué hier par un groupe djihadiste qui affirme avoir voulu venger la mort de six de ses chefs, éliminés il y a 15 jours par l'armée française.

Il n'y a donc aucun doute ce sont bien des djihadistes qui ont attaqué ce week-end l'ambassade de France à Ouagadougou et le quartier général des forces armées burkinaises.

Ce double attentat a été revendiqué hier par le Groupe pour le soutien à l'Islam et aux musulmans qui est une sorte d'alliance entre diverses organisations terroristes qui ont été mis tellement à mal par les opérations de l'armée française dans le Sahel, qu'elles ne sont plus capables d'agir seules. Il y a un an exactement, les services de renseignements ont donc vu s'opérer un rapprochement de ce qu'il restait des mouvements comme Al Qaïda au Magrheb islamique en tous cas sa katiba saharienne, al-Mourabitoune, Ansar Dine ou le Front Macina. Tout cela sous la houlette d'un vieux chef touareg, Iyad ag Ghali, islamisé de longue date et qui se cache en Algérie d'où il envoie des petits commandos poser des mines sur les routes qu'empruntent les convois militaires français ou mener des opérations suicides dans les capitales africaines. Avec pour objectif de créer autant de chaos que possible, de montrer que même aux abois, ils ont toujours un réel pouvoir de nuisance et qu'ils n'entendent pas déposer les armes quelques soient les coups qu'ils reçoivent.

Ce qui expliquerait ce communiqué publié hier présentant ces attentats comme des représailles à une action des forces spéciales françaises.

Une grosse opération menée à l'aube le 14 février dernier dans l'oued Inaghalawass, à 900 mètres seulement de la frontière algérienne où les terroristes se croyaient à l'abri. Les militaires français ont frappé simultanément trois campements dans lesquels 23 djihadistes ont été neutralisés dont six hauts responsables, tous membres du premier cercle de décision et très proches lieutenants de Iyad ag-Ghali. Parmi eux, il avait d'ailleurs le chef des cellules terroristes qui avait organisé les deux attentats de 2016 contre un hôtel à Grand Bassam en Côte d'Ivoire et déjà contre un restaurant de Ouagadougou. C'est donc un coup extrêmement dur qui a été porté au Groupe de soutien à l'Islam et aux musulmans. Et c'est ce qui expliquerait pourquoi il finalement décidé de sacrifier huit membres de plus en lançant un baroud d'honneur sans le moindre espoir de succès sur une ambassade de France archi-sécurisée.

L'attaque contre l'état-major burkinabé semble avoir été un peu mieux organisé.

À l’évidence, il avait été planifié depuis plus longtemps et surtout, il était plus facile de s'en approcher discrètement, les assaillants étant eux-mêmes africains et s'étant procurés des uniformes, volés l'année dernière dans un magasin d'habillement militaire, ce qui leur a permis d'arriver jusqu'à la porte arrière du bâtiment au volant d'une voiture piégée bourrée d'explosifs. Il faut aussi noter qu'au Burkina, l'appareil de sécurité n'est pas au mieux de sa forme puisqu'il a été pratiquement décapité en 2014 avec le renversement de la dictature. Beaucoup de militaire et les principaux responsables des services ont été écartés avec le départ de l'ancien président Blaise Comparé. Malheureusement, on ne rebâtit pas des réseaux efficaces en à peine trois ans.