Brexit : Theresa May sur la corde raide

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L’édito international est une chronique de l'émission Toute l'info du week-end
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François Clemenceau revient chaque matin sur un événement international au micro d'Europe 1 Bonjour.

La première ministre britannique a vécu hier devant le Parlement sa dernière séance de l’année en affrontant son opposition de gauche mais aussi le bras de fer que lui impose son opposition interne chez les conservateurs.

Rien ne lui aura été épargné. Comme si les députés britanniques, comme des requins, sentaient l’odeur du sang et voulaient en finir avec elle. A gauche d’abord avec les élus travaillistes qui lui ont reproché sa politique d’austérité. A une députée qui lui demandait ce qu’elle comptait faire vis-à-vis de 2500 enfants sans abris dans un quartier de Londres, Theresa May a répondu qu’ils étaient hébergés dans des foyers et qu’ils avaient donc un toit, ce qui n’a pas calmé la colère de l’opposition alors qu’un dernier rapport indépendant indique que le pourcentage de sans-abris a augmenté de 134% depuis que les conservateurs sont au pouvoir.

Mais la rébellion existe également à droite, sur le Brexit.

Et là, c’est presque encore pour Theresa May car cette fronde n'est pas d'hier et se durcit. Elle avait promis qu’elle respecterait la date du 29 mars 2019 pour boucler un accord définitif sur le divorce avec l’Europe. Or les députés qui lui sont hostiles, et qui accusent les européens d’enfermer le Royaume Uni dans un calendrier, ont fait voter un amendement qui autorise le Parlement à reporter cette échéance s’ils estiment que la négociation tourne mal. Theresa May a été contrainte d’accepter cet amendement alors que la semaine dernière déjà, elle n’avait rien pu faire pour empêcher le Parlement de se doter du droit de réviser l’accord sur le Brexit au cas où ils le jugeraient insatisfaisant.

Theresa May a vraiment du mal à concilier les points de vue dans son propre camp.

C'est une litote toute britannique, elle croit en fait qu’elle peut satisfaire les partisans du Brexit en promettant d’aller au bout du divorce mais elle a promis avant-hier en conseil des ministres qu’elle chercherait à obtenir un accord commercial avec l’Europe qui soit plus ambitieux encore que le traité de libre-échange avec le Canada, ce qui sous-entend à ses yeux que les services financiers, et donc la City, y seraient inclus. Or Michel Barnier, au nom des européens, a déjà prévenu que c’était impossible. On ne peut pas avoir le beurre, quitter l’Europe, et l’argent du beurre, conserver des avantages similaires à ceux qu’offre le cadre européen. Beaucoup se demandent désormais, non pas si Theresa May ira au bout de cette mission impossible, mais quand elle sera contrainte de démissionner à force de jouer les funambules.