Au revoir ou adieu pour les Balkans ?

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L’édito international est une chronique de l'émission Toute l'info du week-end
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François Clemenceau revient chaque matin sur un évènement international au micro d'Europe 1 Bonjour.

La commission européenne se déplace aujourd’hui à Strasbourg pour expliquer au Parlement ce qu’elle compte proposer comme relation d’avenir aux pays des Balkans.

Et la question qui se pose évidemment, c’est de savoir s’il y a le moindre avenir pour ces pays dans l’Union européenne alors qu’on leur promet cet élargissement depuis 20 ans, depuis la fin de la fameuse guerre des Balkans qui a engendré le démantèlement par le feu et le sang de l’ex-Yougoslavie. Comme vous le savez, deux pays des Balkans font déjà partie de l’UE, la Slovénie et la Croatie. Cela se passe plutôt bien avec la première qui avait échappé à la guerre, moins bien avec la seconde du fait de ses antagonismes avec la Bosnie et la Serbie et parce que la corruption et l’état de droit restent deux dossiers épineux.

Pour les autres, doit-on renoncer ?

Cela dépend. Il est probable que la Commission annonce aujourd’hui qu’elle procédera dans un cadre général d’objectifs mais au cas par cas. Par exemple, il y a deux pays qui sont mieux placés que d’autres pour accélérer leur rapprochement avec l’Union, c’est la Serbie et le Monténégro. Mais il ne faut pas rêver. Jean-Claude Juncker avait parlé d’un horizon d’intégration en 2025, beaucoup de chefs d’Etats européens estiment que c’est trop rapide, que le plus sage serait d’attendre 2030, notamment parce qu’à Belgrade et Podgorica, il y a énormément de progrès encore à faire sur ce qu’on appelle les critères de Copenhague, c’est-à-dire, entre autres, la démocratie, le droit des minorités, l’économie de marché concurrentielle et l’établissement de normes qui respectent les acquis communautaires. En revanche, pour les autres, c’est-à-dire pour la Bosnie-Herzégovine, la Macédoine, le Kosovo, l’Albanie, ce n’est pas que c’est trop tard mais c’est beaucoup trop tôt : les conflits identitaires avec les voisins sont nombreux, par exemple avec la Grèce ou la Serbie et le retard économique est considérable.

Mais est ce qu’on n’est pas en train de faire avec ces pays ce qu’on fait avec la Turquie ?

Oui, c’est-à-dire que l’on repousse à chaque fois plus loin les perspectives d’adhésion, parce que les critères, notamment pour le respect des droits de l’homme, ne sont pas respectés, ce qui engendre à son tour de la crispation et du repli et rend encore plus compliqué le travail de mise aux normes. Avec la Turquie, plus on a repoussé les échéances, plus elle s’est islamisée et durcie. Et plus elle tient un langage de méfiance aux pays à majorité musulmane des Balkans, sur le thème "ils ne veulent pas de nous, nous serons plus forts ensemble". Idem pour la Russie avec la Macédoine et la Serbie. Moscou instrumentalise leurs difficultés d’accès à l’Europe pour leur dire, "vous voyez bien que vous n’êtes pas européens, ni occidentaux, rejoignez-nous". On a l’impression que ce dossier des Balkans est mineur et lointain. Mais il risque bien de déstabiliser l’Union qui, en Pologne et en Hongrie, se rend compte à quel point le partage des valeurs démocratiques est exigeant.