Arabie Saoudite : fiancés et forces de sécurité, MBS tient désormais toutes les rênes du pouvoir entre ses mains

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L’édito international est une chronique de l'émission Europe 1 bonjour
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Didier François revient chaque matin sur un évènement international au micro d'Europe 1 Bonjour.

Ce lundi, c'est une annonce à priori anodine sur le site du Ritz-Carlton de Ryad qui a attiré l'attention de Didier François. Le palace saoudien accepte à nouveau les réservations de ses clients à partir de la Saint-Valentin.

Cela veut dire que le prince-héritier Mohamed Ben Salman aura relâché, d'ici la semaine prochaine, les 381 opposants qui y détenus depuis son coup de force de novembre dernier. 

C'est un système politique extrêmement opaque où les affrontements qui opposent les familles princières sont en général très feutrés. Pourtant, la dernière révolution de palais en Arabie Saoudite a été particulièrement brutale. 

C'est un incroyable coup de force du très jeune prince-hériter, Mohamed Ben Salman dit MBS, qui a désormais la main sur tous les leviers du pouvoir dans le royaume, qu'ils soient institutionnels, sécuritaires, médiatiques ou financiers. Cela grâce à une gigantesque purge lancée le 4 novembre dernier et qui a vu l'arrestation de quelques 400 dignitaires, princes de sang, anciens ministres ou hommes d'affaires. Tous assignés à résidence dans ce fameux palace de Ryad, le Ritz Carlton, qui avait été préalablement vidé de ses clients pour servir de pénitencier 5 étoiles. Officiellement, il s'agissait d'une vaste opération de lutte contre la corruption ce qui était partiellement vrai. Mais si on regarde dans le détail les personnalités visées, on se rend compte qu'elles étaient toutes liées à l'ancien roi, Abdallah, décédé en 2015 et remplacé sur le trône par son demi-frère Salman, père de MBS.

Le clan Salman a donc patienté deux ans avant de s'assurer un contrôle total sur le royaume ?

Tout à fait, c'est un peu comme dans la série Game of Throne, version bédouine. Les Salman ont avancé leurs pions avec méthode pour écarter toute concurrence potentielle. D'abord, ils se sont assurés de la future succession en juin dernier en retirant le titre de dauphin au puissant prince Nayef, leur oncle, et en nommant MBS prince héritier. Puis, ils se sont garantis contre toute tentative de putsch lors de cette purge de novembre en retirant la direction de la Garde nationale, une unité d'élite de 80.000 homme, à leur neveu, le prince Mitab, et en plaçant tous ces soldats sous le commandement de MBS.

Ils ont aussi affaiblit les grands féodaux en les frappant au porte-monnaie ?

Effectivement et c'est l'originalité de ce coup de force. Tous les dignitaires qui étaient détenus au Ritz-Carlton se sont vus proposer un marché : s'acquitter d'une énorme amende, en forme de rançon, contre leur libération. Et visiblement, il n'y a eu guère de résistance puisque (selon le procureur général d'Arabie Saoudite), l'opération aurait rapporté pas moins de 106 milliards de dollars à la cassette royale. C'est énorme et ça va permettre à MBS de financer une partie des réformes économiques promises aux classes moyennes, qui vont ainsi devenir un vrai soutien du régime. D'autant que MBS a également obtenu le contrôle de la principale chaîne de télévision dont le propriétaire accepté la nationalisation pour pouvoir quitter sa prison dorée avant la Saint Valentin.