Theresa May déjà humiliée un an après son élection

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L'édito économique est une chronique de l'émission La matinale d'Europe 1
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Cela fait un an que Theresa May est Première ministre du Royaume Uni. Elle avait promis le changement avec le Brexit, mais ça ne se déroule pas comme prévu.

L'édito éco avec le directeur de la Rédaction des Echos. Bonjour Nicolas Barré. Cela fait un an que Theresa May est Première ministre du Royaume Uni. Elle avait promis le changement avec le Brexit. Mais le scénario ne se déroule pas du tout comme elle l’espérait.

Non, un an après son arrivée à Downing Street, elle fait face à une double impasse. Impasse politique car elle n’a plus de majorité absolue au Parlement. Elle a d’ailleurs demandé le soutien de l’opposition, ce qui est incroyablement inhabituel au Royaume Uni. D’ailleurs l’opposition lui a opposé une fin de non-recevoir. Et impasse économique car comme me le confiait hier le patron d’une grande banque britannique, le Brexit infuse doucement, c’est un poison lent : la baisse de la livre a fait grimper les prix, les ménages perdent en pouvoir d’achat, ils commencent à s’en rendre compte. Et ils voient aussi qu’il n’y a pas de bénéfices, les entreprises n’exportent pas plus. C’est la double peine.

Et la croissance accuse le coup.

Oui, ce pays connaissait la meilleure croissance des pays développés avant le référendum, 1,8%. On ne sera plus qu’à 1,4% cette année et à 0,8% l’année prochaine. Vous le voyez, le coup de frein est très net. L’économie, c’est beaucoup de confiance et d’anticipation. Le Brexit, qui n’est pourtant pas encore effectif, a cassé un ressort. Dans des secteurs comme l’automobile, l’investissement a chuté de moitié, il se concentre sur l’essentiel. Tout le reste est gelé. De hauts diplômés quittent le pays : il y a eu 120.000 départs de ressortissants européens du Royaume Uni l’an dernier, du jamais vu depuis près de 10 ans. Pas seulement des très qualifiés bien sûr, mais tout de même. A Londres, les "Brexit parties" pour les départs se multiplient. 

On s’inquiète aussi parce que l’issue des négociations sur le Brexit est incertaine.

Rien n’est pire pour les affaires que cette longue période d’incertitude juridique qui s’ouvre. D’ailleurs un autre grand patron anglo-saxon me disait hier : "les Britanniques sont en train de réaliser que le Brexit, en réalité, n’est pas une négociation : ce sont les Européens qui ont la main et qui décident et Londres n’a pas de marge de manœuvre". Et vous comprenez bien que Theresa May, affaiblie sur le plan intérieur, n’est pas en mesure de négocier beaucoup de chose. Le FT, le journal de la City, écrivait hier à propos de ce 1er anniversaire de Theresa May au pouvoir : "rarement dans l’histoire un Premier ministre n’a été autant humilié si peu de temps après être entré au 10 Downing Street". Un Premier ministre et avec elle un pays tout entier.

L'humiliation faite au Royaume Uni. L'édito éco. Merci Nicolas Barré.