Philosophie et méthode des réformes sociales

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L'édito économique est une chronique de l'émission La matinale d'Europe 1
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Le gouvernement a présenté lundi aux partenaires sociaux le programme de travail des prochaines semaines sur les réformes sociales. 

L'édito éco de Nicolas Barré, directeur de la rédaction des Echos. Bonjour Nicolas. Le gouvernement a présenté hier aux partenaires sociaux le programme de travail des prochaines semaines sur les réformes sociales. C’est à la fois une philosophie et une méthode.

Une philosophie d’abord: souvent en France, les sujets sociaux sont abordés sous l’angle du droit, du juridique, en oubliant le contexte économique. Le gouvernement veut rompre avec cela. La feuille de route transmise aux partenaires sociaux dit, je cite: "la France a une histoire et une tradition sociales qui font sa force". Mais en même temps, "les mutations technologiques massives exigent de rénover en profondeur notre modèle économique et social" : en clair, on doit tenir compte d’un contexte économique qui change à toute allure.
Coïncidence: au moment où le gouvernement publiait sa feuille de route, sortait une étude sur le numérique dans la banque, disant comment le numérique change le travail, est source d’inquiétude, de stress. Des milliers de conseillers bancaires craignent par exemple que leur job soit remplacé par un smartphone. On est dans un monde qui change vite et qui nécessite d’adapter le droit du travail mais aussi la formation, les protections sociales pour accompagner ces changements.

La méthode retenue est-elle la bonne, avec un calendrier très serré?

La méthode, c’est l’opposé de ce qu’a fait l’équipe Hollande-Valls-El Khomri. Un: les réformes ont été annoncées à l’avance et la sortie de cette feuille de route avant les législatives le confirme: pour réformer, il faut un mandat politique, donc annoncer la couleur aux Français avant. Deux: on consulte pour aboutir à un diagnostic partagé et définir les contours des ordonnances. C’est le contraire de la méthode du 49-3 qui tue la discussion.

Mais à l’arrivée, est-ce que cela peut produire des réformes aussi ambitieuses, par exemple, que ce qu’avait fait l’Allemagne sous Gerhard Schröder, souvent cité en référence?

Les fameuses réformes Hartz avaient réduit le montant et la durée des indemnités chômage et créé les "minijobs" : il n’est pas du tout question de ça chez nous. Mais les réformes Macron se veulent malgré tout « systémiques » et non cosmétiques. On saura si c’est le cas à l’issue des 48 réunions de concertation programmées d’ici la fin de l’été.