Moody's dégrade la note de la dette de la Chine

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L'édito économique est une chronique de l'émission La matinale d'Europe 1
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C'est une première depuis 1989, un camouflet pour le régime chinois qui est très mal vécu par Pékin.

L'édito éco de Nicolas Barré, directeur de la rédaction des Echos. Bonjour Nicolas. La Chine vient de subir un camouflet avec la dégradation de sa dette par Moody’s. Un coup de semonce très mal vécu par le régime.

Oui le gouvernement chinois a aussitôt dénoncé cette décision qui est une première depuis 1989, en disant que l’agence américaine "surestime" les difficultés de la Chine et "sous-estime" les capacités de Pékin à approfondir les réformes. En fait, cette décision symbolique contrarie le régime pour des raisons économiques, politiques et géopolitiques.  Economique d’abord car Moody’s met le projecteur sur la fuite en avant: la dette chinoise, publique et privée, représente 260% du PIB. Que veut dire ce chiffre? Que la Chine achète sa croissance à crédit. La dette des entreprises a doublé depuis la crise de 2008. Ça veut dire que pour amortir le choc, on a financé des entreprises pas forcément rentables, qui ont trop de capacités, on a financé aussi des projets d’infrastructures ou immobiliers inutiles.

D’où le lien avec la politique

Oui, le président Xi Jinping prépare sa reconduction lors du Congrès du parti l’automne prochain, il a promis un rééquilibrage de l’économie. Or cette fuite en avant dans la dette est le symptôme d’un système qui se réforme peu. La seule dette des provinces, des villes et des entreprises d’Etat représente plus d’une année de PIB. Le problème est d’abord intérieur: les étrangers ne détiennent que 4% de la dette publique chinoise. Mais c’est un souci politique pour Xi Jinping.

Et aussi géopolitique, vous disiez ?

Oui car tout ce qui fragilise la situation financière de la Chine contrarie ses plans de leadership dans la région. La Chine a lancé un énorme programme d’infrastructure dans toute l’Asie, c’est ce qu’elle appelle la nouvelle route de la soie. Elle mobilise pour cela plusieurs centaines de milliards de dollars. Elle se veut le financeur des grands projets des pays de la région, comme les Etats-Unis ont financé la reconstruction de l’Europe après la Seconde guerre mondiale avec le plan Marshall. Elle veut tisser des liens de dépendance avec ses voisins. Mais cela repose sur une puissance financière forte. Voilà pourquoi l’avertissement de Moody’s sur sa dette agace le régime au plus haut point.