Macron veut stopper les dérives du travail détaché

  • A
  • A
Voir la vidéo sur Dailymotion
L'édito économique est une chronique de l'émission Europe matin
Partagez sur :

De retour de vacances, le président est bien décidé à se montrer plus ferme sur le dossier des travailleurs détachés.

Emmanuel Macron est bien décidé à stopper les dérives du travail détaché, dès son retour de congés d'ici deux jours. Avec près de 300.000 travailleurs détachés, la France est le pays qui en accueille le plus derrière l'Allemagne, venant essentiellement des pays de l'est. D'où cette tournée de trois jours prévue en Autriche, en Roumanie et en Bulgarie. 

Emmanuel Macron qui a une position très dure sur la question Carole :

il a même provoqué la colère du gouvernement polonais qui l'accuse d'antipathie vis-à-vis des pays de l'est. Il faut dire qu'Emmanuel Macron les a accusés de son côté de prendre l'Europe pour un supermarché. Alors ce qui est au cœur des tensions, ce sont les travailleurs détachés. Ces salariés qui peuvent aller travailler dans n'importe quel autre pays européen, pour une mission temporaire.

Exemple : un salarié polonais peur venir travailler en France, il doit juste être payé au SMIC, et se voir appliquer les règles françaises en matière de temps de travail, d'hygiène et de sécurité.

Par contre  son employeur paye les charges sociales en Pologne, où elles sont beaucoup moins élevées. Mais ça, c'est admis, y compris par les professionnels du bâtiment, le secteur le plus touché. Ce qu'ils dénoncent, ce sont les nombreuses dérives.

Les plus fréquentes ce sont :

- Des entreprises déclarées en Pologne, qui font zéro chiffre d'affaires en Pologne et toute leur activité en France. Ce qu'on appelle les sociétés boîte-aux-lettres.

- Il y aussi les patrons qui  respectent le SMIC mais font payer ensuite au salarié : son transport, sa nourriture, son hébergement.

Une concurrence déloyale car en contournant ainsi la loi, ces entreprises parviennent  à proposer en France des ouvriers jusqu'à moitié moins cher que les salariés français.

Et alors que veut faire Emmanuel Macron ?

Et bien une réforme est déjà en cours à Bruxelles. La France veut aller encore plus loin. Un exemple, les travailleurs peuvent rester détachés trois ans aujourd'hui, l'Europe voudrait passer à deux, Emmanuel Macron dit : pas plus d'un an !

 Il veut également que les frais, de repas, de transport, d'hébergement soient expressément mentionnés dans le revenu du travailleur sans qu'ils puissent être retirés ensuite. Il propose aussi de mieux lutter contre les sociétés boîtes-aux-lettres, de renforcer la lutte contre la fraude. Bref, toute une série de mesures dont il souhaite discuter avec les pays concernés.

C'est le but de ce déplacement, aller directement en parler avec les gouvernements avant le prochain Conseil des ministres du travail européen prévu le 23 octobre. 

Mais à priori, il n'a pas prévu d'aller en Pologne, et c'est semble t-il l'un des pays avec lequel il y a le plus de soucis ?

Vous avez raison Antoine, pareil pour la Hongrie. Mais c'est stratégique. Emmanuel Macron choisit de s'épargner des politesses avec les pays plus inflexibles sur la question et préfère se chercher des alliés plus ouverts au dialogue pour trouver un consensus. C'est essentiel, car si le chef de l'état agit seul et se montre trop intransigeant,  il risque de faire capoter l'ensemble des négociations.

Le sujet est loin d'être anodin car au-delà de l'impact économique, Cette peur du "plombier polonais", participe largement aujourd'hui à la défiance de certains vis-à-vis de l'Europe, et même, il faut le dire, à la montée de la xénophobie.