Macron et le big bang de la fiscalité locale

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L'édito économique est une chronique de l'émission Europe matin
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Le président va bien exonérer la taxe d'habitation pour 80% des Français sur trois ans, il a aussi appelé à une réforme en profondeur de la fiscalité locale. 

L'édito éco avec Etienne Lefebvre, rédacteur en chef du journal "Les Echos". Emmanuel Macron a appelé hier à une réforme en profondeur de la fiscalité locale. Qu’est-ce que cela veut dire ?

S’il va au bout de son projet, c’est un vrai big bang. On savait que le chef de l’Etat voulait exonérer de taxe d’habitation 80% des Français. C’est confirmé, et ça se fera sur trois ans. Mais cela ne suffit pas. Le chef de l’Etat l’a reconnu lui-même, un impôt qui serait payé par seulement 20% de la population ne serait pas un bon impôt. Surtout quand on sait que la taxe d’habitation est très injuste, car elle est calculée sur des bases datant des années 1970. On paie ainsi beaucoup plus cher à Saint-Denis qu’à Paris ou à Poitiers qu’à Cognac. La conclusion d’Emmanuel Macron est simple : à terme, il faut supprimer complètement la taxe d’habitation.

En quoi est-ce que ce serait révolutionnaire ?

D’abord, il n’y aurait plus besoin de faire cette réforme des bases locatives dont on parle, en vain, depuis 40 ans ! Ensuite, les montants en jeu sont considérables. Les Français paient 19 milliards d’euros de taxe d’habitation. L’exonération pour 80%, c’est 8 à 10 milliards de moins. Si on supprime complètement la taxe, ce sera le double. Et un gain moyen de 800 euros par ménage. Ce serait bienvenu, sachez quand même que la France est un des seuls pays européens qui cumule une taxe foncière et une taxe d’habitation. Mais évidemment, il faudra trouver les financements. Emmanuel Macron a évoqué la CSG. Or celle-ci va déjà augmenter l’année prochaine, et on voit les réactions que cela suscite du côté des retraités. Le terrain est miné.

Que pensent les élus locaux d’un tel big bang ? 

Les maires sont inquiets. Car pour eux, c’est une perte de pouvoir. Le pouvoir de décider de ses propres ressources en fixant le taux de l’impôt. Tout cela partirait à Bercy. Et ça pose la question du lien avec les citoyens, qui doivent être conscients de ce qu’ils paient pour leurs services municipaux. Mais en même temps, beaucoup d’élus lorgnent sur la CSG et la TVA. Car ce sont des recettes dynamiques. Leurs ressources augmenteraient sans qu’ils aient à faire voter des hausses de taxe locales toujours très impopulaires. Donc les élus attendent d’en savoir plus. Emmanuel Macron a annoncé six mois de concertation. Ce ne sera pas de trop.

L'édito éco. Merci Etienne Lefebvre.