Le commerce mondial au plus bas depuis 2001

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L'édito économique est une chronique de l'émission La matinale d'Europe 1
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Paradoxalement, on n’a jamais autant tapé sur la mondialisation et ses méfaits supposés alors que le commerce mondial s’est rarement aussi mal porté.

L'édito éco de Nicolas Barré, directeur de la rédaction des Echos. Bonjour Nicolas.

La mondialisation est en panne. Les échanges commerciaux sont au plus bas depuis quinze ans. Ça y est ? Nous sommes entrés dans l’ère de la démondialisation ?
C’est le paradoxe : on n’a jamais autant tapé sur la mondialisation et ses méfaits supposés -de Donald Trump à Mélenchon-Le Pen- alors que le commerce mondial s’est rarement aussi mal porté. Pour remettre les choses en perspective : de 1985 jusqu’à la crise de 2008, donc pendant près d’un quart de siècle, le commerce mondial progressait deux fois plus vite que la croissance économique. C’est une époque où les chaînes de production sont devenues beaucoup plus complexes, éclatées entre les pays, époque aussi où la Chine a fait irruption sur la scène économique mondiale. Mais pendant cette période, des pays ouverts comme le nôtre ont eux aussi profité de cette mondialisation, contrairement à la légende.

Mais c’est fini ?

Selon les tous derniers chiffres de l’Organisation mondiale du commerce, l’OMC, les échanges mondiaux de marchandises progressent aujourd’hui deux fois moins vite que la croissance. C’est la première fois depuis 15 ans que les échanges progressent moins vite que la croissance. Donc oui, c’est une rupture. En un sens, c’est une forme de démondialisation. Va-t-elle continuer ? Hier, le patron de l’OMC a parlé des "risques politiques" pesant sur les échanges mondiaux, autrement dit du protectionnisme qui a le vent en poupe. Donald Trump, qui a 71 ans le 14 juin, raisonne comme dans les années 80 quand les Etats-Unis de Ronald Reagan voulaient rééquilibrer les échanges avec le Japon.

Et la leçon ?

Une anecdote : Reagan avait forcé les Japonais à accepter que les semi-conducteurs américains atteignent 20% de part de marché au Japon. Ça a marché, sauf que les Japonais les rejetaient dans la baie de Tokyo et finalement Reagan a dû arrêter. Les échanges forcés, comme les barrières, ça ne marche pas. Et ce n’est pas cela qui crée de l’activité économique. Si la baisse des échanges mondiaux se confirme, ce n’est pas une bonne nouvelle et ce n’est pas en aggravant les choses avec le protectionnisme qu’on sauvera des emplois. Et pourtant, il y en a encore pour le croire.