La Guyane à bout de souffle après trois semaines de conflit

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L'édito économique est une chronique de l'émission La matinale d'Europe 1
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Paris paie en Guyane des années d’absence de stratégie économique, un énorme gâchis.

L'édito éco de Nicolas Barré, directeur de la rédaction des Echos.Bonjour Nicolas. Après trois semaines de blocage, la situation économique devient intenable en Guyane, une économie déjà très fragilisée.

François Hollande l’a dit lui-même : "l’économie guyanaise ne doit pas être fragilisée plus longtemps". Depuis le début de la grève générale le 25 mars, l’activité économique est paralysée, il y a des pénuries de produits frais du fait du blocage du port de Cayenne, les entreprises sont à l’arrêt, des salaires ne sont pas payés. Et vous connaissez la toile de fond : 22% de chômage, 40% de la population sous le seuil de pauvreté.

Avec des disparités colossales

C’est le paradoxe en effet : 30% des emplois sont dans le public et comme les fonctionnaires touchent une surprime de 40% en moyenne par rapport à la métropole, le salaire moyen est légèrement plus élevé que la moyenne nationale. Mais on voit bien ce que cette économie a d’artificiel et même de pervers : les transferts massifs d’argent public tirent les prix vers le haut et empêchent l’économie guyanaise de se diversifier. Elle est enfermée dans le cercle vicieux des perfusions d’argent de la métropole, au détriment du développement d’une vraie économie locale.

Ça se reflète dans ses échanges commerciaux

Plus de la moitié des échanges sont réalisés avec la métropole située à 7.000 kilomètres et seulement 0,5% du commerce se fait avec le Brésil voisin. On retrouve le même problème dans tous les outre-mer français : la métropole est coupable d’avoir maintenu ces territoires dans une situation de dépendance économique totale, elle en a fait des économies administrées. Résultat les coûts sont élevés, l’économie locale n’est pas compétitive par rapport à la région qui l’entoure, une partie des élites s’en va en métropole en fuyant cette économie de rente, de niches fiscales et d’emplois publics. Paris paie en Guyane des années d’absence de stratégie économique alors que ce territoire recèle de fabuleuses richesses et que sa population est au moins aussi dynamique et entreprenante qu’ailleurs. Un énorme gâchis.