La guerre budgétaire entre les armées, Macron, Bercy et le lobby de l'armement

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L'édito économique est une chronique de l'émission La matinale d'Europe 1
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La passe d’armes entre le président de la République et le chef d’état-major des armées continue après l'annonce des coupes budgétaires. 

L'édito éco avec Etienne Lefebvre, rédacteur en chef du journal "Les Echos". Bonjour Etienne, alors la passe d’armes entre le président de la République et le chef d’état-major des armées continue.
Oui le malaise persiste, malgré les rappels à l’ordre. Après le conseil de défense mercredi, Emmanuel Macron doit recevoir Pierre de Villiers ce vendredi. Si l’entourage du président assure qu’il s’agit d’un rendez-vous classique, les supputations vont bon train sur le maintien ou non du chef d’état-major à son poste. "Il a toute ma confiance, a dit Emmanuel Macron dans le JDD. A condition de savoir quelle est la chaine hiérarchique et comment elle fonctionne." Bref, maintenant, c’est silence dans les rangs. Ou bien c’est la porte.
 
Le chef de l’Etat a semblé mettre en cause ce week-end l’instrumentalisation de l’armée par les industriels de la défense. Pourquoi ?
 
Parce que ce sont eux qui ont le plus à perdre du coup de rabot prévu cette année. On ne va pas interrompre les opérations en cours en Irak ou au Sahel. Ni bien entendu arrêter de payer les soldats. La variable d’ajustement, ce sera les investissements dans les nouveaux équipements. Bercy a fait depuis longtemps la liste des programmes qui peuvent être échelonnés. D’où le courroux des industriels, et des généraux, pour qui on ne peut plus tirer sur cette corde. Mais pour Emmanuel Macron, ce qui compte, c’est la perspective donnée. Il a promis un budget en forte hausse en 2018. Il ne comprend donc pas que les troupes continuent de renâcler.
 
Cet effort est-il vraiment à la hauteur ?

Sur le papier oui. Il s’agit de porter le budget à 2% de PIB d’ici 2025, soit une douzaine de milliards de plus. Et avant même les arbitrages pour les autres ministères, la Défense se voit garantir des crédits en hausse de près de 5% l’année prochaine. Matignon imposant une progression zéro des dépenses de l’Etat, chaque euro en plus pour l’Armée devra être économisé ailleurs. Donc l’effort est réel. Le problème, c’est que les militaires n’ont pas confiance. Ils ne croient plus aux belles trajectoires budgétaires, à chaque fois remises en cause ensuite. Le bras de fer n’est pas près de s’arrêter.

L'édito éco. Merci Etienne Lefebvre.