Hausse du prix du tabac : début des négociations

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L'édito économique est une chronique de l'émission La matinale d'Europe 1
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La ministre de la Santé reçoit les buralistes. Il sera évidemment question du prix du paquet de cigarettes qui doit passer de 7 à 10 euros.

L'édito éco avec Etienne Lefebvre, rédacteur en chef du journal "Les Echos". Bonjour Etienne Lefebvre. La ministre de la Santé reçoit ce matin les buralistes. Il sera évidemment question du prix du paquet de cigarettes qui doit passer de 7 à 10 euros.

Oui et l’échange promet d’être tendu. Avec des positions diamétralement opposées. D’un côté, la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, veut augmenter le prix du paquet de 1 euro par an, pour atteindre les fameux 10 euros dès 2020. De l’autre, les buralistes crient à la déstabilisation. Déjà échaudés par le paquet neutre, ils annoncent une explosion des ventes transfrontières. Et de fait, en Espagne, le paquet coûte à peine 4 euros. En réalité, le débat n’est pas tranché. Bercy vise 500 millions de recettes de plus sur le tabac en 2018. Mais cela peut correspondre à une hausse de prix de 50 centimes ou de 1 euro, tout dépend de l’évolution des ventes.

Justement, les anti-tabac disent qu’il faut des hausses d’au moins 10% pour inciter les fumeurs à s’arrêter.

Ils ont raison, mais il y a aussi des inconvénients. On a connu un précédent. En 2003-2004, sous Jacques Chirac, les prix ont bondi de 40% en deux ans et les volumes écoulés chez les buralistes ont plongé d’autant. Or le tabagisme, lui, n’a baissé que modérément. Les ventes parallèles représentent le quart du marché aujourd’hui. Et dans la coulisse, le ministre du Budget, Gérald Darmanin, met en garde contre les effets d’une hausse trop brutale. Il a la tutelle des Douanes, il connaît le problème. Mais Matignon et l’Elysée veulent des mesures fortes, parce que la France reste un très mauvais élève en matière de tabagisme.

Il n’y a donc le choix qu’entre des mauvaises solutions ?

Non, des hausses de prix répétées de 5 à 10% peuvent faire reculer les ventes, sans explosion du marché parallèle. On l’a vu entre 2009 et 2014. Mais la vraie solution est européenne. La France plaide pour une taxation minimum du tabac, comme c’est le cas pour le taux normal de TVA, qui ne peut pas être inférieur à 15% en Europe. Cela obligerait à un relèvement des prix en Espagne, en Belgique ou au Luxembourg. Et là, l’effet serait radical. Mais comme pour toutes les questions fiscales, il faut l’unanimité des Etats. Sur un sujet de santé publique aussi essentiel, il serait quand même invraisemblable que l’Europe n’avance pas

L'édito éco. Merci Etienne Lefebvre.