Emmanuel Macron n'est pas un libéral

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L'édito économique est une chronique de l'émission La matinale d'Europe 1
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La nationalisation temporaire des chantiers navals STX France révèle un Emmanuel Macron moins libéral qu’on le croit.

L'édito éco avec Nicolas Barré, directeur de la Rédaction du journal "Les Echos". Bonjour Nicolas. La nationalisation temporaire des chantiers navals STX France révèle un Emmanuel Macron moins libéral qu’on le croit.

Pour la plus grande partie de l’opinion publique, le président de la République est un libéral. D’ailleurs c’est comme ça qu’il est souvent caricaturé par ses adversaires à gauche. C’est une erreur assez grossière. Macron a deux visages, il est en même temps Rothschild et Colbert. C’est Colbert parce qu’il n’hésite pas à utiliser le levier de l’Etat dans toute sa puissance pour intervenir en matière économique. Mais il n’oublie pas son côté Rothschild, l’objectif dans ce cas précis étant in fine de mettre en place un tour de table intelligent pour organiser le contrôle des chantiers de STX, comme le ferait tout bon banquier d’affaires.

Mais une nationalisation, même temporaire, c’est une décision lourde.

Bien sûr mais il n’a pas d’état d’âme. Il s’agit d’établir un rapport de force pour mieux négocier avec les Italiens, donc il n’hésite pas. Cela dit, ce n’est pas sans risque. Je vois trois grands dangers. Premier danger : quand l’Etat met son nez dans les affaires, il le fait souvent avec de gros sabots. Rappelez-vous l’épisode Renault-Nissan : Macron était à Bercy. Il a manœuvré pour que l’Etat obtienne des droits de vote double dans le capital du groupe automobile, c’était tellement maladroit qu’il a profondément ébranlé la confiance des Japonais et mis en danger l’alliance Renault-Nissan.

Et ça m’amène au deuxième danger, qui est cette fois de braquer les Italiens. Le ministre de l’Economie nous l’a confié hier : "c’est inacceptable". D’autant que les Français investissent beaucoup en Italie. Attention donc à ne pas abîmer les relations économiques avec ce pays qui est un de nos plus proches partenaires.

Et le troisième danger ?

C’est de créer un précédent pour tous les canards boiteux qui vont faire la queue pour être nationalisés. Quand on met le doigt dans cet engrenage et qu’on en tire des bénéfices politiques -car la décision sur STX est populaire- le risque est de faire n’importe quoi. Or la bonne pédagogie, c’est aussi d’expliquer que l’Etat ne peut pas intervenir partout, ne peut pas tout sauver.

C'était l'édito éco. Merci Nicolas Barré