Charlottesville : Trump lâché par plusieurs grands patrons américains

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L'édito économique est une chronique de l'émission Europe matin
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Plusieurs grands patrons américains qui conseillaient le président ont décidé de ne plus le faire après ses propos sur la manifestation de suprémacistes blancs à Charlottesville.

Vous revenez ce matin sur une crise de confiance - entre Donald Trump et quelques grands patrons, aux Etats-Unis. Dernier événement en date - la suppression, mercredi, par le président américain, de deux commissions - après le départ de trois de leurs membres. Trois PDG qui ont décidé de ne plus conseiller Donald Trump.

Ils lui reprochent de ne pas avoir clairement condamné les néo-nazis et autres militants d'extrême-droite le week-end dernier. C'est Kenneth Frazier qui a lancé le mouvement lundi. Et Kenneth Frazier, ça n'est pas n'importe qui, Carole, c'est le PDG du géant pharmaceutique Merck :

Oui Merck, c'est l'une des cinq plus grosses entreprises pharmaceutique au monde. Son PDG, Keneth Frazier, est également l'un des rares patrons noirs d'une grande entreprise américaine. Trump l'avait appelé a la Maison-Blanche comme conseiller à l'industrie pour relancer l'emploi aux États-Unis. Son départ a provoqué depuis une escalade de réactions chez Trump.

Premier jour, il tweete (en majuscule) : "Ça lui laissera plus de temps pour baisser les prix totalement abusifs des médicaments." Deuxième jour : "De toute façon, pour chaque PDG qui quitte la Maison-Blanche, il y en a de nombreux pour prendre leur place." Pas si simple en réalité. Selon la presse américaine, l'un de ses conseils économiques était sur le point de s'auto-dissoudre. Son plus proche conseiller économique, principal relais auprès des milieux d'affaire, Cary Cohn, envisageait lui aussi de démissionner; ce qui aurait provoqué pour le coup un véritable cataclysme. Finalement, il reste. Mais mercredi, troisième tweet de Donald Trump. "Plutôt que de mettre la pression sur les responsables des conseils de l'industrie et de l'économie. Je mets fin aux deux, merci a tous !"

Mais ce n'était pas le premier coup de gueule des patrons américains. Y a-t-il a eu des précédents ?

Oui, le charismatique patron de Tesla, Elon Musk, et celui de Disney Bob Iger, ont également décidé de ne plus conseiller Donald Trump après son retrait de l'accord de Paris. En janvier dernier, plusieurs dirigeants (dont ceux d'Apple et de Google) ont par ailleurs dénoncé le décret anti-immigration qui les prive d'une partie de leur main d'œuvre. Mais cette fois, bien sûr, on passe à la vitesse supérieure…

Est-ce qu'on assiste à un divorce entre Trump et le milieu des affaires ?

En tout cas, c'est une vrai crise conjugale. Pourtant, la lune de miel s'était mieux passée que prévu. Donald  Trump avait rapidement lancé des signes positifs au monde du business, il a déréglementé à tour de bras. Quelques exemples : il a lancé le réexamen des règles financières élaborées après la crise de 2008, il a de nouveau autorisé les entreprises charbonnières à déverser leurs résidus dans les cours d'eau, il a levé l'obligation pour l'industrie agroalimentaire de respecter des règles nutritionnelles strictes dans les cantines américaines. Mais là, clairement, le vent tourne.

D'abord, parce que les baisses d'impôts promises aux entreprises tardent à venir. Et puis, les milieux d'affaires commencent à s'interroger sur la fiabilité du président américain. La meilleure preuve : l'action Merck a augmenté de 1% quand son PDG a annoncé qu'il lâchait Donald Trump... L'euro remonte actuellement face au dollar. La confiance n'est plus du côté du président américain. Le conseiller de l'Ifri (Institut français des relations internationales) Dominique Moïsi me confiait mercredi : "Dès le départ, le milieu des affaires savait qu'il y a le bon Trump (celui qui fait le bonheur de Wall Street) et le mauvais Trump, celui qui est totalement imprévisible, incontrôlable. Et bien petit à petit, le mauvais Trump prend le dessus : ses injections à la Corée du Nord, sa gestion de Charlottesville, cette nouvelle crise dans le monde économique font que les marchés financiers commencent a sérieusement s'inquiéter de cette gestion imprévisible de l'Amérique…