Affaires Weinstein, DSK ou Baupin : même combat ?

  • A
  • A
Voir la vidéo sur Dailymotion
Hélène Jouan vous parle politique est une chronique de l'émission Europe matin
Partagez sur :

L’affaire Weinstein continue de secouer le monde du cinéma et rappelle, en politique, d'autres affaires de harcèlement sexuel. Pas identiques, mais pas non plus totalement différentes.

Ce sont les mêmes mots crus. "Il me regardait comme un morceau de viande, il a fallu que je me défende, j’ai dû employer la force pour lui échapper", écrit Léa Seydoux dans sa tribune au Guardian pour raconter la tentative brutale du producteur américain à son égard. "Il m’a sauté dessus tel un chimpanzé en rut, on a fini par se battre, violemment", lâchait en 2007 Tristane Banon dans une émission de télévision pour dénoncer le comportement de Dominique Strauss-Kahn. A l’époque, personne ne l’avait écoutée, il faudra attendre l’affaire dite du Sofitel, qui fut surtout celle de Nafissatou Diallo, pour que le comportement de l’homme politique soulève l’indignation publique.

La même mécanique à l'oeuvre. Les faits ne sont pas les mêmes. Les très lourdes accusations portées aujourd’hui contre Harvey Weinstein semblent dépasser de loin les atteintes ou agressions sexuelles présumées dont se serait rendu coupable DSK. Mais c’est la même mécanique qui se met en place : à chaque fois, des années de silence, et puis le couvercle se soulève sur la sale cuisine d’un petit milieu. À chaque fois, la parole se libère, dit-on. Après l’affaire Strauss-Kahn, les journalistes politiques se mettent à raconter le sexisme au quotidien. Après l’affaire Baupin, les femmes politiques témoignent de bien pire encore, jusqu’à une ancienne ministre, Monique Pelletier, qui raconte pour la première fois l’agression sexuelle qu’elle a subie de la part d’un sénateur.

Quelle omerta ? A chaque fois, les mêmes questions ne manquent pas de surgir : pourquoi les victimes n’ont pas parlé avant ? Pourquoi ceux qui savaient n’ont rien dit ? Harvey Weinstein, dont on apprend qu’il était appelé "le porc" au festival de Cannes, Jane Fonda qui avoue jeudi sur une télé américaine : "Je savais, mais je me suis dit que ce n’était pas à moi de dénoncer". Une omerta, certes, mais sans le code d’honneur qui vaut dans la mafia.

Deux milieux dominés par les hommes. La question du milieu se pose inévitablement. La politique et le cinéma sont deux univers de pouvoir quasiment totalement dominés par les hommes. C’est parce que Harvey Weinstein était tout puissant, tenant dans sa main la carrière des actrices, qu’il a pu se comporter ainsi, pendant que tout le monde regardait ailleurs. C’est parce que notre monde politique a longtemps été un monde masculin que perdurent des comportements inadmissibles.

Du mieux en politique ? À chaque fois que le couvercle se soulève, c’est une petite victoire mais, après l’affaire DSK, il y eut quelques années plus tard l’affaire Baupin, c’est dire s’il ne suffit pas de soulever le couvercle. C’est quand les femmes auront investi à parité ces milieux d’hommes que les choses changeront.