Egalité femmes-hommes : c'est quoi ce “gender budgeting” que veut tester le gouvernement ?

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L'édito politique d'Hélène Jouan est une chronique de l'émission Europe matin
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Le gouvernement va traquer les inégalités entre les hommes et les femmes dans la dépense publique.

Marlène Schiappa lance une expérimentation visant à réduire les inégalités femmes-hommes : le Gender budgeting ou, en bon français, mais pas tellement plus compréhensible, la "budgétisation sensible au genre". Il s'agit de considérer qu’un budget n’est jamais neutre, qu'il reflète des choix politiques, sociaux, économiques, écologiques, selon où l'on met l’argent. Une distribution qui a forcément des impacts sur les différentes composantes de la population et sur les inégalités entre elles. Toute politique publique, locale ou nationale a donc des implications aussi sur les inégalités femmes-hommes, soit qu’elle ne les diminue pas, soit qu’elle les augmente, soit qu’elle parvienne à les faire régresser.

Profiter aux hommes et aux femmes. L’objectif est d’abord d’être capable d’évaluer avec précision de quelle manière chaque euro dépensé profite aux hommes et aux femmes. L’exemple le plus simple à comprendre, fréquemment utilisé par Marlène Schiappa, concerne les subventions municipales allouées aux clubs sportifs. Si on les calcule par tête, féminine et masculine, on se rend vite compte que l’argent donné pour les stades, clubs de foot, clubs de boxe ou terrains de basket favorise très largement les utilisateurs de ces équipements sportifs, plus que les utilisatrices, tout simplement parce qu’elles sont moins nombreuses. Il s'agit donc de ré-équilibrer le partage !

L'agriculture, terrain d'exploitation idéal. Et devinez qui s’est porté candidat pour expérimenter cette évaluation ? Le ministre de l’agriculture Stéphane Travert ! Non pour une question de conformisme à l’ambiance actuelle qui pousse à la vertu, mais parce que tout s’imbrique ; le monde agricole est en pleine mutation et d’ici trois ans, 40% des exploitants agricoles partiront à la retraite, 60% d’ici dix ans. Le secteur est en crise certes, mais il va bien falloir en remplacer certains. Le renouvellement des générations pourrait être l’occasion de favoriser l’installation des femmes dans ce milieu encore très masculin. De la même façon, la filière de l’enseignement agricole, qui connait un très fort taux d’insertion, doit plus s’ouvrir aux jeunes filles qu’elle ne le fait actuellement. Une mission parlementaire va donc être chargée d’évaluer comment est aujourd’hui fléché l’argent public, à charge pour le ministre ensuite de préparer un budget 2019 qui favoriserait l’arrivée de femmes dans son secteur.

Une nouvelle sociologie. Certains pays comme l’Islande, voire même certaines municipalités en France, ont déjà pris des mesures ciblées, fiscales, sociales ou économiques qui prennent en compte les inégalités de fait pour tenter de les diminuer. L’objectif pour Stéphane Travert, est de voir d’ici dix ans, dans les travées du salon de l’Agriculture où il se promènera peut-être encore, non plus seulement des éleveurs ou agriculteurs l’interpeller, mais aussi des éleveuses et agricultrices.