Pourquoi personne ne veut prendre la tête de La République en Marche

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Hélène Jouan vous parle politique est une chronique de l'émission Europe matin
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Les candidats ne se bousculent pas pour devenir le numéro un du parti au pouvoir. Il faut dire qu'obtenir le poste n'est pas forcément une promotion.

David Doukhan remplace Hélène Jouan du 23 au 27 octobre 2017 

Un véritable concours de la meilleure excuse pour ne pas y aller : alors que La République en Marche doit désigner son nouveau leader au début du mois de novembre, personne ne semble vouloir briguer la présidence du mouvement. Le profil recherché est connu : il faut incarner les valeurs du mouvement, ce qui revient implicitement à être présent depuis le début de l'aventure, en avril 2016, voire avant. Être fin politique constitue quasiment un pré-requis, tout comme le fait de disposer d'une surface médiatique suffisante pour pouvoir affronter les Mélenchon, Le Pen ou Wauquiez sur les plateaux télévisés. Problème : tous ceux qui réunissent ces qualités rivalisent d’ingéniosité pour esquiver la balle.

Défections des potentiels intéressés.  Dès qu'il a un micro devant lui, le secrétaire d'État à la Cohésion des territoires Julien Denormandie dit et redit que ça ne l’intéresse pas. Et même si on ne lui pose pas la question, il se sent obligé de préciser que sa refonte de la politique du logement ne saurait être abandonnée au milieu du gué et confiée à quelqu’un d’autre. Christophe Castaner est plus subtil et évite de s’exprimer publiquement. Mais dans les dîners en ville, il explique qu'il est quand même très utile là où il est. Qui, à part lui, pour aller défendre au pied levé le Président sur les plateaux de télévision ?, feint-il de s'interroger. Benjamin Griveaux ? Les mauvaises langues disaient que comme on ne voyait pas bien à quoi il sert à Bercy, il ferait un parfait transfuge. Sauf que lui aussi a maintenant son excuse : il vient de lancer le Bercy Lab, une sorte de pépinière d’entreprises visant à promouvoir le financement des TPE.

Bref, il n’y a pas de volontaire. Il y aura donc au final un désigné, puisque vous avez compris que le vote des adhérents et le reste sont un simple décorum, car le choix sera fait par un homme, un seul : Emmanuel Macron.

Usure du pouvoir. Tous ces grognards du macronisme n'y vont pas, justement parce qu’ils connaissent la vie politique. Quand vous êtes le patron du parti au pouvoir, c’est l’enfer. Vous avez toutes les chances de disparaître médiatiquement puisque vous êtes un porte-parole du gouvernement bis. Autrement dit, de seconde zone. Ensuite, on vous tient responsable des élections intermédiaires et avec l’usure du pouvoir, c’est rarement une promenade de santé. En particulier dans le cas de La République en Marche, où tout est à faire. Imaginez que ce parti n’a aucun élu local, donc pas de sortants pour les municipales, pas de sortants pour les régionales. Ce sera dur, ce sera en 2020 ou 2021, et d’ici là, peut-être que le charme Emmanuel Macron n’opérera plus.

L'épreuve très compliquée des municipales. Former des listes pour les municipales va être une tâche encore plus ardue. Pour ne pas perdre la face, il en faudrait au moins 20.000. Où trouver les candidats ? En Marche revendique 350 000 adhérents, mais quand il a fallu chercher des volontaires pour faire partie du Conseil national, seuls 16.000 ont répondu présents. Ce ne sera donc pas à une sinécure. Rien de tout cela n’est impossible, mais c’est un défi considérable, dans lequel il y a beaucoup de coups à prendre. Et sans doute peu à gagner.