Au milieu des réformes, les électeurs perdent pied... et la majorité aussi

  • A
  • A
Voir la vidéo sur Dailymotion
L'édito politique d'Hélène Jouan est une chronique de l'émission Europe matin
Partagez sur :

Les réformes s’enchaînent pour l'exécutif, et les observateurs sont sommés de suivre, quitte à avoir le tournis.

C’est le nouveau clivage mis en scène par l’Elysée : il y aurait d’un côté un président saisi par l’urgence des réformes, convaincu qu’il faut déverrouiller, débloqué et que le temps presse car un quinquennat file vite, et de l’autre, des "commentateurs fatigués", pour reprendre l’expression utilisée par Emmanuel Macron à New Delhi, et qui lèveraient le pouce pour demander une pause. Des paresseux, des essoufflés en quelque sorte perdus par le travail abattu. Après la réforme du code du Travail, celle d’APB devenu Parcoursup, la loi asile et immigration, le baccalauréat new-look, sont venues les annonces sur les réformes de la formation professionnelle, de l’apprentissage, de l’assurance-chômage, de la SNCF, des retraites et même de la Constitution française. Mais qui est capable de dire, parmi les électeurs, où en est chacune d’entre elles : sont-elles en chantier, déjà votée, enfin en place ? Un quiz sur la question serait certainement cruel pour l’exécutif.

Un train d'enfer. Face aux risques de ce rythme effréné, l'exécutif a un argument politique. "Le président sait qu’il a trois ans pour mettre un grand coup dans le bousin", raconte une députée proche de lui. À l’Elysée, où le langage est plus policé, on traduit cela autrement : "nous avons été élus pour mener à bien de grandes transformations". Il n'est pas question donc de parler de tournis, mais à l’inverse "d’éthique de la responsabilité" d’un président qui se souvient pourquoi il a été élu. Mais sur le terrain, même les députés de la majorité commencent à avoir du mal.

Des élus restés à quai. Ils doivent notamment répondre à ceux qui les alpaguent sur les marchés, non pas sur les réformes en cours/lancées/à venir, mais sur le seul effet concret pour l’instant observé par les Français de la politique d'Emmanuel Macron : la hausse de la CSG pour les retraités, qui ne passe pas du tout. Tellement pas qu’un des conseillers de Gérald Darmanin a mis en place une boucle Whatsapp (l'application mobile de messagerie instantanée) avec les députés, afin qu'il ils lui fassent remonter tous les cas litigieux qu’il pourrait régler directement au ministère.

Redonner de la lisibilité. Une élue a même réclamé à l'attention de ses collègues novices une formation pour apprendre à répondre aux électeurs mécontents ; comment remettre en perspective les réformes et expliquer quels en seront les gains et quand. "On enchaîne les chapitres d’un livre, mais pour l’instant, on ne sait pas raconter l’histoire", se lamente un responsable de la majorité. A l’occasion du premier anniversaire de son élection, il est prévu qu’Emmanuel Macron s’exprime pour redonner de la lisibilité narrative à son action. Les commentateurs fatigués, mais surtout peut-être les électeurs un peu sonnés, s’en réjouissent.