Réforme des institutions : une guerre de tranchées entre partisans et opposants

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L'édito politique d'Hélène Jouan est une chronique de l'émission Europe matin
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Le gouvernement doit présenter son projet de réforme de la Constitution d’ici un mois, alors que la droite républicaine continue de s'y opposer.

Le tableau offert par les uns et les autres est d’une simplicité biblique. Le numéro un de la République en Marche !, Christophe Castaner l’a néanmoins gentiment sous-titré mercredi pour les mal-voyants : "Dans cette bataille, il faut montrer qu’il y a deux pôles, un conservateur qui ne veut rien changer, l’autre réformateur". La majorité En Marche ! est évidemment dans le camp du renouvellement, suivant la promesse de campagne du candidat Macron. L'autre est représenté par toutes les oppositions, et notamment la droite. Une droite qui porte évidemment un autre regard sur le tableau : elle y voit, la tentation césariste du président, elle se dépeint donc comme la force de résistance, la gardienne des droits du Parlement.

Un air de déjà vu. Néanmoins, les points de vue ne semblent pas irréconciliables. La réduction du nombre de parlementaires, une des herses posées par les élus Les Républicains, se trouvait pourtant dans le programme de leur candidat à la présidentielle, François Fillon. Même chose pour la limitation à trois mandats successifs pour les élus, avec une exception accordée aux maires de communes de moins de 3.500 habitants, seuil fixé à 5.000 dans le programme de François Fillon.

S'opposer pour se reconstruire. Le problème est que personne ne cherche de compromis. Ni l’exécutif, qui est convaincu qu’il a l’opinion pour lui, ni le Sénat. Pourquoi Gérard Larcher, son président, a-t-il considérablement durci sa position de semaines en semaines ? Parce qu’il n’est pas seul maître en son palais du Luxembourg. Il refuse d’entrer dans un jeu de co-construction comme il s’y était engagé au début. Le président des Républicains Laurent Wauquiez ne l’a chargé, lui et les sénateurs, que d’une mission : s’opposer. Et c'est en s’opposant qu’on se reconstruit, donc on ne finasse pas. Chaque camp caricature l’autre. Dans cette guerre de positions frontale, chacun espère garder ou gagner l’opinion.

Le retour des vieilles pratiques ? Et comme il s'agit d'une guerre d’image, tout compte : mercredi, le bureau de l’Assemblée nationale a procédé à l’élection du nouveau dirigeant de LCP, la chaîne parlementaire. Un journaliste réputé "macroniste", en raison de sa proximité avec le candidat pendant la campagne et la réalisation de documentaires dont il est le héros, l’a emporté avec les seules voix de la majorité. "Fait du prince, parfum d’ORTF, main basse sur le media de l’Assemblée, et donc sur les députés". Les critiques ont fusé de partout. Non que les précédents dirigeants aient été de dangereux opposants au pouvoir en place, mais cela dirait juste qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil, en tout cas pas de nouvelles pratiques politiques, vantées par le président pour vendre sa réforme des institutions.