Réforme de la SNCF : ça passe ou ça casse pour Macron

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L'édito politique d'Hélène Jouan est une chronique de l'émission Europe matin
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La réforme de la SNCF, lancée lundi par le gouvernement, se fera par ordonnances. Les syndicats et l’opposition s’insurgent.

Bis repetita et c’est un coup de maître. Retour à l’envoyeur et Emmanuel Macron pourrait bien finir échec et mat. Le président a bien l’intention avec cette réforme de la SNCF de rééditer le coup politique de la loi Travail, aller vite, jouer sur la division des organisations syndicales et patronales pour leur imposer fissa SA réforme. A l’automne dernier, Jean-Luc Mélenchon lui avait concédé le point avec amertume, mais la partie reprend.

Le président joue gros. Et tout le monde joue gros dans cette affaire. Car si le président et son gouvernement reculent c’en sera fini des réformes menées sabre au clair. Parce que le plus durement altéré sera la singularité du chef de l’Etat, le "made in Macron"... ce qui a valu au président depuis dix mois une relative bienveillance de l’opinion publique, malgré un socle électoral restreint, ce qui lui accordait la capacité de faire bouger les choses. "Je veux avancer", n’a d’ailleurs cessé de répéter lundi soir Edouard Philippe, comme si le mouvement était la seule justification de l’action. Or s’attaquer au statut de cheminot, c’est le Graal en la matière : les encouragements lundi d’Alain Juppé sont ceux d’un homme qui a fini en chemise pour avoir tenté de l’écorner. Bref si Macron réussit, il sera sacré "Réformator". S'il échoue, il perd ce qu’il est, il rejoint la lessiveuse de ceux qui "n’ont pas fait".

L'opposition pensent avoir trouver la brèche. De l’autre côté de la table de jeu, les oppositions politiques veulent croire qu’elles peuvent enfin trouver la brèche. Mais pour être honnête, ce sont les syndicats et leur capacité de mobilisation qui ont la main. Pas la droite qui ne peut que dénoncer la méthode, celle des ordonnances, pour parvenir à une réforme qu’elle n’a jamais eu le courage de mener à bout, pas la France Insoumise dont le leader a l’air plus intéressé par son combat contre le "parti médiatique" comme il l’appelle que par la défense des cheminots.

Quant à savoir ce qu'il va se passer, c'est pour l'heure difficile à prédire : il faut se souvenir qu’en 1995 justement, le plan de réforme de l’assurance maladie et des retraites d'Alain Juppé avait provoqué une standing ovation à l’assemblée, qu’une partie du PS et la CFDT le soutenaient. Mais que tout ça s'était fini au bout de trois semaines de grève, par un Juppéthon dévastateur, et une opinion publique largement favorable aux cheminots, malgré de longues semaines d’immobilisation du pays ! Aujourd’hui où en est cette opinion ? Va-t-elle considérer qu’il est temps de raboter les avantages acquis de ces cheminots pour plus d’égalité et pour sauver l’entreprise publique ? Ou à l’inverse juger que c’est un nivellement de plus vers le bas pour ceux qui ne sont pourtant pas des nantis malgré leur statut protecteur ? La boule de cristal de madame Irma vous donnera des nouvelles avant l’été.