Macron veut faire fi des élections allemandes

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L'édito politique d'Hélène Jouan est une chronique de l'émission Europe matin
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Le président de la République présente mardi ses propositions pour refonder l’Europe. Avec toujours le même volontarisme, malgré les résultats des élections allemandes qui ne lui sont pas favorables.

"Des élections, quelles élections ?" A l’Elysée, on fait mine de ne pas s’émouvoir des conséquences du scrutin de dimanche en Allemagne, malgré le bon score des libéraux, qui ne facilitent pas la tâche d’Emmanuel Macron. Le chef de l’Etat va donc présenter mardi à la Sorbonne ses propositions pour "refonder l’Europe", presque comme si de rien n’était. "L’ambition européenne du président ne saurait être subordonnée aux soubresauts de politique intérieure de nos partenaires, qu’ils fussent allemands", balaie-t-on d’un revers de la main au palais présidentiel.

Macron trace sa route. C’est beau comme du storytelling : Emmanuel Macron trace sa route, celle d’un européen convaincu qu’il faut réformer l’Europe si on veut avoir une chance de voir cet idéal et cette construction perdurer. Dont acte. Pour la défense du président français, on rappellera qu’il est le premier des présidents français depuis longtemps, à avoir aujourd’hui l’ambition de promouvoir un esprit de réforme européen, on ne se souvient pas que son prédécesseur notamment François Hollande en porta même l’ambition.

Des propositions déjà enterrées. ? Et pourtant il y a bien eu des élections dimanche en Allemagne, avec des résultats qui compliquent singulièrement la donne. L’affaiblissement de la CDU et l’affaissement des sociaux-démocrates contraignent la chancelière à envisager une nouvelle coalition, mais ses nouveaux partenaires potentiels, notamment les libéraux, devraient se montrer fort euro-contrariants vis-à-vis des grandes visées du président français. Un ministre des finances de la zone euro, un budget de plusieurs dizaines de milliards pour celle-ci, avaient déjà fait tiquer la Chancelière, de telles propositions n’ont aucune chance d’être avalisées par le FDP, son leader Christian Lindner qui se verrait bien ministre des finances l’a dit cash : "un tunnel d’argent qui irait direct vers la France et l’Italie ? Ce sera sans nous !"

Des poins de départ à la discussion. Un discours à la Sorbonne pour rien, alors, mardi après-midi ? Non, mais au-delà des rodomontades de son entourage, ce qu’Emmanuel Macron entend surtout montrer, c’est que toutes ses propositions, des plus complexes à mettre en œuvre comme la gouvernance de la zone euro, aux plus pragmatiques - qui va s’élever contre un Erasmus étendu ? - sont des points de départ à la discussion qui doit s’enclencher.

En les réaffirmant aujourd’hui, il n’est pas loin de penser qu’il influe aussi sur le jeu allemand : "Merkel et moi sommes d’accord sur le fond, à elle de trouver son salut et sa grandeur en trouvant les conditions chez elle pour engager cette nouvelle dynamique européenne". Jupiter français qui se mue donc en Atlas pour porter sur ses épaules toute l’ambition européenne. Un peu fanfaron, mais ça a de l’allure. Il lui reste à prouver que sa parole soit un peu auto-réalisatrice, sinon, sa posture volontariste même sur la scène nationale pourrait en être écornée