Disparition d'APB : "sélection", un mot qui fait bondir politiques et syndicalistes

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Hélène Jouan vous parle politique est une chronique de l'émission Europe matin
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Le système APB, Admission Post Bac, est mort : le gouvernement présente lundi matin les nouvelles modalités d’entrée à l’université. 

C'est un réflexe quasi-pavlovien. Dites "sélection", et c’est la grande peur des foules estudiantines qui surgit, les gouvernements qui se carapatent, les algorithmes qui servent d’alibi, et les jeunes qui paient les frais de cet immobilisme. Nous sommes en 2017, cela fait donc 17 ans, au moins, que les gouvernements successifs auraient dû prendre en compte le pic de natalité survenu au tournant du millénaire, et préparer l’avenir de ces nouveaux nés dont on savait qu’ils deviendraient, pour l’immense majorité, des bacheliers.

Une sélection de fait. Et rien ! Rien en terme d’augmentation significative de budget pour l’enseignement supérieur, rien parce que prononcer le mot de "sélection" a fait reculer les uns et les autres. Même si ladite sélection existe bel et bien dans l’enseignement supérieur, qu’elle se fasse par l’argent avec des filières privées, ou qu’elle soit assumée dès qu’il s’agit de l’élitisme des grandes écoles. Ne parlons pas du tirage au sort.

Un bagage préliminaire. Cette fois, le gouvernement d’Emmanuel Macron assume le mot et l’idée. Même si le mot, il faut l'avouer, a encore un peu de mal à passer, d’où l’invention sémantique des "pré-requis" comme bagages préliminaires pour accéder à telle ou telle filière, mais l’idée est assumée : il n'y a pas de place pour tout le monde dans toutes les filières, donc iront en priorité ceux qui ont le plus de compétences pour y réussir.

Est-ce que cela contrevient à la liberté de chacun de choisir ce qu’il entend étudier ? Oui si l’étudiant en question est interdit de mener à bien son projet personnel, mais non, s’il est accompagné pour avoir quelque chance d’y parvenir, ce que le gouvernement s’engage à faire en lui laissant "le dernier mot" de son choix, et en l’aidant surtout, par un accompagnement pédagogique à se doter des moyens pour y parvenir. Car où est la liberté quand le choix était contraint par APB ou, plus grave, qu’il débouchait sur un échec par manque de compétences élémentaires pour réussir ? 60% d’échec dans le premier cycle à la fac, ça aussi, c’est une forme de sélection.

Les automatismes politiques et syndicaux. Les syndicats enseignants et étudiants ne sont pas tous prêts cependant à applaudir la réforme. Car chacun doit être dans son rôle : qu’ils se battent pour obtenir des moyens dignes d’accompagner la réussite de tous, notamment ceux dédiés aux remises à niveau, qu’ils soient vigilants sur les fameux pré-requis qui ne doivent pas être laissés au seul jugement des universités sauf à prendre le risque que les unes jouent à fond la carte de l’excellence, qu’ils posent la question concrète de l’avenir de ceux qui échoueraient en définitive à intégrer la filière de leur choix, qu’ils se battent enfin pour desserrer l’étau de certaines filières sous tension en créant à terme des places supplémentaires… Mais chacun aurait à gagner à sortir des automatismes politiques et syndicaux, où quand on dit "sélection", le monde se fige comme quand on joue à 1.2.3 Soleil. La sélection, c’est comme le cholestérol. Il y a la bonne, et la mauvaise.