Légion d'honneur : le mérite aux mains du prince

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Hélène Jouan vous parle politique est une chronique de l'émission Europe matin
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Emmanuel Macron a annoncé sa volonté de réduire les attributions de la Légion d’honneur. Une ambition déjà affichée par plusieurs de ses prédécesseurs.

Finie la braderie ! Place aux Français "méritants" : aux grands hommes, la patrie reconnaissante. Et même s'il n’y a pas assez de places au Panthéon pour accueillir tout le monde, épingler une rosette à la boutonnière doit encore pouvoir se choisir ! Pour redonner du lustre à la plus haute distinction nationale, passablement salie par quelques récipiendaires peu reluisants, ou galvaudée par des chanteurs sur le retour et des journalistes dont on peut se demander quels services ils ont rendus à la nation, Emmanuel Macron s’engage à revenir sur les usages en cours depuis des décennies.

Une automaticité douteuse. Finie donc la France du pouvoir et des couloirs, celle qui se plaisait à honorer par automaticité, longévité, notoriété, proximité : tous les anciens ministres, édiles, ambassadeurs, pour qui elle était quasiment un droit acquis, ou les amis-courtisans-obligés, et pourquoi pas la famille. Un ancien ministre de l’Environnement s’illustra, il y a quelques années, en décorant dans la même promotion sa sœur, son beau-frère et son chauffeur.

Si, pour l’instant, le président a annoncé une réforme malthusienne, une rosette plus rare, c’est forcément une rosette qui a plus de valeur, c’est la loi du marché, on ne saurait s’en contenter. Quid de la distinction attribuée aux chefs d’État étrangers comme autant de hochets de la real politik, et qui a tellement fait plaisir aux Mussolini, Ceaucescu, Mobutu, Bachar al-Assad et encore dernièrement, sous François Hollande, au prince d’Arabie saoudite ?

Entre les mains d'un seul homme. Quid de l’opacité des attributions ? Secret total et fait du prince absolu. Puisque seuls les ministères ont le droit de proposer des candidats, et c’est le président de la République, grand maître, qui en dernier lieu biffe ou accorde l’insigne rouge honorifique. Un pouvoir centralisé dans les mains d’un seul homme, fermé aux assemblées représentatives comme l’Assemblée nationale par exemple et à peine entrouvert aux citoyens, depuis Nicolas Sarkozy d’ailleurs. Un seul homme donc qui juge ce qu’est le "mérite".

Une vision de la société. Et c’est pourtant toute la question philosophique qu’il y a derrière cette distinction et sa réforme. Quelle est la vertu à distinguer ? De l’entrepreneur ou de l’ouvrier ? Du soldat dont c’est le métier, ou du travailleur social ? Qui a le plus de mérite, qui illustre le mieux la République ? Distinguer, prioriser parmi les méritants, c’est dévoiler une vision de la société. Avec sa liste raccourcie, Emmanuel Macron n’échappera pas à cette lecture.