"Paradise Papers" ou les scandales fiscaux à répétition

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Hélène Jouan vous parle politique est une chronique de l'émission Europe matin
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Les révélations des "Paradise Papers", ce travail d’enquête d’un consortium international de journalistes, sur l'optimisation fiscale trahit le fossé dangereux entre moralité et légalité dans nos démocraties.

Les "Paradise papers", c’est un peu comme Un jour sans fin. Vous savez, ce film dans lequel à chaque fois que le réveil sonne pour Bill Murray, présentateur météo d’une chaîne de télé de Pittsburgh, c’est la même journée qui recommence. Et bien nous, à chaque fois que nous re-découvrons que des dirigeants, des entreprises ou des particuliers font tout pour échapper à l’impôt, on revit les mêmes indignations !  

Le chœur des offusqués. Par exemple, la commission européenne s’est dite "choquée" lundi par les révélations de l’enquête. Pierre Moscovici, commissaire à la fiscalité s’est exclamé : "c’est insupportable !". Et d’ailleurs ça tombe bien, les ministres des finances de l’union parlent aujourd’hui même à Bruxelles d’une liste noire des paradis fiscaux à travers le monde. Mais rien de concluant ne sera annoncé à l’issue de cette réunion. Nicolas Sarkozy avait pourtant lancé l’idée dès 2009. On touche là au fonctionnement de l’Europe, car il faut l’unanimité pour se mettre d’accord sur la définition d’un "paradis fiscal", et certains pays comme Malte, Luxembourg ou l’Irlande à la politique fiscale attractive n’ont aucune envie de se voir montrer du doigt, alors les choses traînent…

Moralité et légalité. Mais il y va aussi de la responsabilité des Etats dans cette affaire. Et du nôtre en particulier. Il y a un côté Tartuffe à s’offusquer de lois que les gouvernements successifs ont promulguées, que notre parlement national a votées. Car ce sont ces lois qui permettent précisément aux dites entreprises ou gras portefeuilles de faire de l’évitement de l’impôt un secteur entier de leur activité. Car dans les "Paradise papers", c’est bien d’optimisation qu’il s’agit, et pas de fraude fiscale. Rien d’illégal donc, seulement des pratiques immorales. Depuis quand avancent certains, la morale devrait-elle s’imposer à la loi ? On laissera la réponse aux philosophes.

L'avenir de la démocratie. Mais dans un pays où on a demandé depuis des années au contribuable lambda un effort sans précédent pour aider à réduire le déficit budgétaire, où on demande aujourd’hui aux collectivités locales de se serrer la ceinture, où on pointe du doigt la fraude aux cotisations sociales, mais où on supprime dans le même temps l’impôt sur la fortune, on se permettra de rappeler que le manque à gagner pour cause d’évasion fiscale est évalué à 20 milliards d’euros par an en France.

On en fait des choses avec 20 milliards d'euros, on en desserre des étaux, on en soulage des contribuables moyens ! Il est bien inutile et hypocrite  de pousser des cris d’orfraie, soit on assume, soit on change les règles du jeu fiscal pour qu’il y ait par tous, la même acceptation face à l’impôt. C’est l’équilibre de notre démocratie qui est en jeu.