50% de nucléaire d'ici 2025 : le cadeau empoisonné de l'ère Hollande

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Hélène Jouan vous parle politique est une chronique de l'émission Europe matin
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Nicolas Hulot a annoncé mardi que la part du nucléaire dans la production d’électricité ne serait pas abaissée à 50% à l’horizon 2025, un engagement qui remonte à 2011.

"Make our planet great again" a promis Emmanuel Macron, et bien c’est au nom de cet objectif, que Nicolas Hulot justifie sa décision. Si on devait s’en tenir à ce que la loi de 2015 fixait, cela impliquerait selon le gestionnaire du réseau électrique français, la fermeture accélérée de près de 24 réacteurs nucléaires. La France ne s’y est pas préparée. Plus ennuyeux encore, il faudrait relancer des centrales à charbon, et donc s’attendre à un quasi doublement des émissions de CO2 de son système électrique. En matière d’émission de gaz à effet de serre, la France fait aujourd’hui figure de bonne élève, pas question de glisser au dernier rang de la classe, alors que la Cop 23 vient de s'ouvrir à Bonn.

La grogne des écolos. Nicolas Hulot a donc clairement choisi la lutte contre le réchauffement climatique, au détriment du respect d’un marqueur fort de l’écologie française : le nucléaire non merci. Nicolas Hulot, de toute manière, n’est pas venu à l’écologie par ce biais-là. Mais ses amis écologistes, et plus largement tous ceux qui ont cru que ce qui était gravé dans le marbre par la loi de 2015 était un signal politique fort qui marquait la volonté intangible de la France de sortir du tout nucléaire, s’offusquent évidemment du renoncement. Une date qui s’efface, c’est une volonté qui s’amenuise. Et pourtant, il faut toujours se méfier des réflexes pavloviens, comme : "Hulot ne fait pas le boulot, il cède à tous les lobbys celui du gouvernement et celui du nucléaire, il va bientôt lâcher l’affairer".

Une patate radioactive. Il faut se souvenir que cet objectif remonte à l’accord passé en 2011 entre Martine Aubry, alors à la tête du PS, et son homologue écologiste Cécile Duflot, qui retient entre autre cette date de 2025, et pour la blague, soixante circonscriptions en échange pour les Verts. François Hollande, tout juste désigné candidat par la primaire socialiste, l’avait globalement repris à son compte, et inscrit ensuite dans la loi de transition énergétique portée par Ségolène Royal. Mais s’était-il vraiment donné les moyens d’y parvenir ? La dernière programmation pluri-annuelle de l’énergie publiée en octobre 2016 traçait certes une trajectoire ambitieuse pour le développement des énergies vertes, mais motus sur le nucléaire. On comprenait déjà que la patate chaude, sinon radioactive, était gentiment refilée au successeur.

Le ministre des reculades ? Sauf que ce report oblige désormais tout particulièrement Nicolas Hulot. S’il veut effacer le soupçon qui pèse sur lui d’être le ministre de toutes les reculades, il doit très vite redonner une date de "faisabilité" crédible, et surtout fixer, un mode d’emploi pour parvenir cette fois à cette échéance.