Marlène Schiappa, un bon flair jusque-là !

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Hélène Jouan vous parle politique est une chronique de l'émission Europe matin
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Le scandale Harvey Weinstein, la libération de la parole des femmes sous le hashtag #balancetonporc, et la Une des Inrocks, ont mis Marlène Schiappa en lumière ces derniers jours.

"Quand on n’a pas de pétrole, on a des idées" : le slogan date de la crise pétrolière, Marlène Schiappa n’était pas née, mais elle le détourne avec habileté. Son secrétariat d’Etat à l’Egalité femmes-hommes voit ses crédits baisser ? Elle compense par ses indignations.

Réaction immédiate et juste distance. C’est souvent à coups de tweets que cette ministre, blogueuse d’origine, dégaine. Bertrand Cantat à la Une des Inrocks ? L’affiche de la Manif avec sur le même plan les légumes OGM et les enfants avec un seul parent ? Même capacité d’alerte. Ces derniers jours, elle est celle qui, au gouvernement, a tout de suite saisi l’ampleur du scandale Weinstein et l’effet libératoire du hashtag qui en est né : réaction immédiate de la ministre avec une juste distance. "Attention, Twitter ne remplace pas un tribunal", a-t-elle prévenu.

Elle en profite pour faire la promotion opportune de sa future loi contre le harcèlement qui était sur les rails avant, qui ne sortira pas plus vite, mais qui trouve là une formidable caisse de résonance. Un usage des réseaux sociaux que Marlène Schiappa revendique - "cela devient une arme qui permet de mettre des sujets à l’agenda médiatique", estime-t-elle.

Zéro faute, flair infaillible ? Pas tout à fait : ses sorties sur le harcèlement de rue dans le quartier de la Chapelle-Pajol à Paris au printemps dernier, ou sur l’épisiotomie "maladie française", ont été jugées largement plus déplacées.

Une ministre exemplaire ? L’Elysée en tout cas est ravi de "sa force de frappe médiatique énorme". Emmanuel Macron loue cette ministre novice, "capable de faire preuve d’un grand sens politique". Sauf que les associations engagées sur le terrain pour la défense des droits des femmes sont plus circonspectes.

L’auto-promotion de la ministre suffit-elle à la promotion des femmes en général ? Soucieuse d’apparaître comme l’élève-modèle de son président, elle a lâché l’affaire sur son budget. En cascade, cela signifie moins de moyens pour ces centaines de petites associations qui, partout en France, aident les femmes au quotidien, et qui sont aujourd’hui obligées de licencier. Elle n’a pas les épaules pour jouer de rapports de forces politiques qui obligeraient, par exemple, le directeur de la sécurité publique à former sur le terrain, les policiers, ou les procureurs à recueillir la parole et les plaintes des femmes victimes. Elle se soucie comme d’une guigne de son administration, et de tous les corps intermédiaires qui œuvrent au jour le jour pour la défense des femmes.

Marlène Schiappa a le mérite de donner de la visibilité médiatique à cette cause, elle n’a plus qu’à prouver qu’elle travaille pour que celle-ci avance.

Marlène Schiappa, une ministre sur tous les fronts depuis quelques jours

Les violences faites aux femmes sont, depuis quelques jours, au cœur de l’actualité. La révélation du scandale de l’affaire Harvey Weinstein, célèbre producteur de cinéma hollywoodien accusé par de nombreuses actrices de harcèlement et d’agressions sexuelles, a mis en lumière un autre scandale, celui de l’omerta qui entoure ces violences contre les femmes. Sur Twitter, plusieurs victimes ont enjoint les femmes à libérer la parole, en témoignant des situations de harcèlement (au travail, à la maison, dans le cercle d’amis, dans la rue, etc) qu’elles avaient subi au cours de leur vie, sous les hashtags #balancetonporc et #MeToo (#MoiAussi).

Solidaire et concernée. Une démarche salutaire, mais parfois critiquée, au motif du risque de délation, d’un procès intenté hors tribunaux. Des critiques très mal vécues par les femmes qui, pour bon nombre d’entre elles, ont révélé avec courage et pour la première fois une histoire douloureuse et traumatisante. C’est là que Marlène Schiappa a jugé bon d’intervenir. "Il faut se garder de dire aux femmes comment elles devraient parler ou ne pas parler, parce que ce n'est pas là l'essentiel. L'essentiel, c'est le fond de ce qu'elles disent et je comprends qu'être derrière un écran soit plus facile pour dire des choses qui sont extrêmement dures à verbaliser", a déclaré la secrétaire d'État à l'Égalité entre les femmes et les hommes sur Public Sénat. "Bien évidemment Twitter ça ne remplace pas un tribunal, une action en justice, mais c'est déjà un premier pas". Cela "peut être un pas majeur pour beaucoup de femmes", a estimé Marlène Schiappa.

Le coup de colère. Parallèlement à l’affaire Weinstein, une autre polémique est née avec la pleine Une accordée à Bertrand Cantat par le magazine culturel Les Inrocks, pour son retour musical. En 2003, l’ancien chanteur de Noir Désir a battu à mort sa compagne, l’actrice Marie Trintignant. Un meurtre pour lequel il a été condamné à huit ans de prison, et en a purgé quatre. "Et au nom de quoi devons-nous supporter la promo de celui qui a assassiné Marie Trintignant à coups de poings ? Ne rien laisser passer", a immédiatement réagi Marlène Schiappa sur son compte Twitter.

Depuis, la secrétaire d’Etat multiplie les apparitions médiatiques pour porter politiquement la voix de ces femmes. Et ainsi, faire entrer dans le temps long ces sujets de société trop longtemps tus.

A.H.