Réduire l'ISF, le dangereux pari de l'exécutif

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Hélène Jouan vous parle politique est une chronique de l'émission Europe matin
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En plus de ne pas rapporter énormément, la transformation annoncée de l'ISF sur les valeurs mobilières pourrait empêcher Emmanuel Macron d'effacer sa réputation de "président des riches".

Le premier budget du quinquennat Macron a été adopté mercredi en conseil des ministres. Parmi les mesures qui vont entrer en vigueur dans les prochains mois, la transformation de l’ISF (pour Impôt de Solidarité sur la Fortune) en Impôt sur la Fortune Immobilière (IFI) le 1er janvier 2018 fait beaucoup de bruit. "Un pari", affirme le porte-parole du gouvernement Christophe Castaner. Et quand on pense que ce pari va coûter la bagatelle de 3 milliards et demie d’euros, on se dit qu'on a connu des PMU moins coûteux. Le pari, c’est qu’en sortant de l’impôt sur la fortune tout ce qui ne relève pas de l’immobilier, les plus riches vont tourner leurs capitaux vers l’économie réelle, donc vers les investissements dans les entreprises, donc vers la création d’emplois. Georges Bush père appelait cette confiance aveugle dans les épargnants investisseurs, "l’économie vaudou". Il n’était pas un dangereux gauchiste.

Une "passion de l'égalité" bien française. En attendant de mesurer son efficacité, le faire-part de décès de l’ISF pourrait bien coûter cher, sinon aux contribuables moyens, au moins à l’image d’Emmanuel Macron. Car cette taxe est l’impôt totem par excellence : inventé par François Mitterrand en 1982 sous le nom d’Impôt sur les grandes fortunes, il a été supprimé par Jacques Chirac en 1986 qui en paya le prix fort deux ans plus tard en perdant la présidentielle en partie sur cette mesure. Il a ensuite été rétabli par Michel Rocard quand la gauche est revenue au pouvoir, dans le but explicite de financer le RMI. Nicolas Sarkozy, lui, avait à peine abordé le sujet "trop touchy". L’ISF est l’emblème de la "passion de l’égalité" éprouvée par les Français. Trop taxés, les riches fuiraient le pays ? Qu’à cela ne tienne, estime l’opinion publique dans sa grande majorité, qui considère que la loi est dure mais c’est la loi quand on est riche. Il n'est pas certain non plus que les retraités apprécient à sa juste mesure la différence entre la richesse improductive que serait la rente de la pierre, toujours taxée, et la richesse productive dans l’économie réelle.

Le risque du "sparadrap". Emmanuel Macron est aujourd’hui convaincu que cet "impôt idéologique" n’est plus de mise si on veut que la France profite à plein du retour de la croissance. "Courageux" ou "suicidaire", selon les points de vue, le président gagne en tout cas le sobriquet de "président des riches" avec cette mesure. Nicolas Sarkozy ne s’en est jamais départi avec son bouclier fiscal, même quand il a fait volte-face pendant son quinquennat. Gageons même que l’imagination de quelques-uns à gauche s’enflamme pour affiner le surnom : car dans cette transformation de l’ISF, il y a des angles morts : les yachts, les lingots, les chevaux de course sont sortis du patrimoine taxé. Le président des yachts, le président qui murmurait à l’oreille des pur-sang ? En politique, on appelle ça "un sparadrap".