L'interview en marche d'un président en marche

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L'édito politique d'Hélène Jouan est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque matin, Hélène Jouan évoque un sujet précis de la vie politique.

Vous revenez ce matin Hélène Jouan sur l’interview d’Emmanuel Macron hier soir par Laurent Delahousse sur France 2. Interview "un soir à l’Elysée".

"Macron, c’est le giscardisme 2.0", lançait il y a quelques jours l’ancien ministre de l’Intérieur Mathias Fekl. Oui, on ne dira jamais assez que Valéry Giscard d’Estaing innova en France en matière de communication politique, en invitant des éboueurs à un petit-déjeuner de Noël à l’Elysée, ou en parlant aux Français les yeux dans les yeux dans ses régulières "causeries au coin du feu", idée subtilisée d’ailleurs à Roosevelt qui inventa l’exercice dans les années 30 en Amérique. Chaque président imagina ensuite son "moment télé". Mitterrand subit Mourousi assis sur son bureau l’interrogeant sur son côté "chébran", Chirac se frotta aux jeunes pour tenter de les convaincre en vain, de voter oui à la Constitution européenne, Sarkozy rencontra de "vrais Français", saucissonnés en fonction de leur âge, sexe, CSP, profession etc, Hollande se fit commentateur parmi d’autres de sa propre action entre reportages et chroniques humour chez Maitena Biraben sur Canal Plus, mais c’est bien ce principe de causerie giscardienne auquel est revenu Emmanuel Macron hier, avec un accompagnateur cette fois. Déambulation à la nuit tombée dans le dédale des bureaux de l’Elysée, on se serait cru dans "Maison à vendre" de Stéphane Plaza sur M6, mais non, on était bien sur le service public, et l’Elysée n’est pas à vendre, son hôte y travaille le jour et même la nuit, c’est ce qu’il nous a dit.

La forme de cet interview, c’est donc ce que vous retenez ?

Parce que l’aspect cinématographique de l’exercice est pour le moins réussi : long plan séquence de près de 40 minutes, enregistré et donc monté par définition, champ, contre-champs, changement de focale pour s’adapter à la profondeur de champ, importance du décor et des accessoires, le tic-tac de l’horloge, on ne l’a pas entendu mais heureusement, la caméra et l’accompagnateur étaient là pour sur-ligner. Interview en marche pour un président en marche, parce "qu’être assis, c’est être immobile", a-t-il lancé à l’intention de ses ministres. Le message est moins art et essai que block-buster, on comprend vite. Avec un président qui avait visiblement écrit les dialogues, président très actor’s studio, il finit en chuchotant par raccompagner son hôte sur le pas de la porte. Ça fait un peu "Bonne nuit les petits", on s’attend à voir une nuée de sable tomber sur les Nicolas et Pimprennelle que nous sommes.

Et sur le fond ?

On parlera du fond une prochaine fois, quand le président sera interrogé sur l’inéquité éventuelle de ses réformes économiques et sociales, sur la politique migratoire et la politique d’accueil de son gouvernement, sur la place réelle de la France dans le processus de paix au proche Orient, on se réjouira malgré tout que la lutte contre le réchauffement climatique ait été abordée aussi longuement au cours de cette déambulation. Au final, en incarnant le mouvement dans le lieu de la continuité du pouvoir, l’Elysée, Emmanuel Macron a imposé son style, c’était son "moment télé". Il reste quelques questions politiques à lui poser