Les trois équations de Laurent Wauquiez, candidat à la présidence des Républicains

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Hélène Jouan vous parle politique est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque matin, Hélène Jouan évoque un sujet précis de la vie politique. Et jeudi elle parle des trois équations que Laurent Wauquiez doit résoudre pour être élu à la tête des Républicains.

Laurent Wauquiez  déclare vendredi matin, dans Le Figaro, sa candidature à la présidence des Républicains. Il y a peu de suspense sur sa probable victoire, mais ça n’épuise pas toutes les questions sur lui et sur lui la droite. 

Il y a d’abord une équation personnelle autour de Laurent Wauquiez. "C’est incroyable le nombre d’ennemis qu’il a !", se serait exclamé Nicolas Sarkozy, qui s’y connait pourtant, en ennemis. Les carnets de journalistes politiques sont remplis de petites phrases d’une brutalité inouïe prononcées par lui : à propos de Nathalie Kosciusko Morizet, "je vais la couler dans un bloc de béton", aurait-il dit, ou proférées contre lui : "ce type est dingue. Il colle une formule choc et populiste sur les dix sujets qui font le plus peur aux Français. C’est un Trump aux petits pieds. Mais qu’est-ce que je fous dans ce parti !" ai-je scripté il y a quelques jours auprès d’une personnalité de LR

Et surgit là la deuxième équation, partisane celle-ci : Laurent Wauquiez, aux fidélités successives, de Jacques Barrot à Nicolas Sarkozy en passant par François Fillon, avec quelques allers-retours, n’a cessé de durcir son discours au fil des années. Enfourchant le cheval de bataille de l’identité nationale, dénonçant l’assistanat, critiquant l’Europe, se recentrant en fait sur les valeurs de la droite dure, autorité, sécurité, immigration, travail, famille et tradition, il est l’un des derniers dans sa famille à vouloir encore remettre en cause le mariage pour tous.

Un discours qui lui vaut aujourd'hui les faveurs du noyau dur, et restreint, des adhérents de son parti, ce noyau "radicalisé" dénoncé par Alain Juppé pendant la présidentielle. Cela lui assure a priori la victoire au prochain congrès, mais c’est un sérieux handicap pour rassembler toute la famille de la droite, telle qu’elle avait été imaginée à la création de l'UMP.

Cet été, Xavier Bertrand puis Valérie Pécresse l’ont accusé publiquement de "courir après l’extrême-droite". Beaucoup dénoncent l’influence buissonnienne, du nom de l’ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, qu’il subirait. Beaucoup restent "choqués" par son attitude au second tour de la présidentielle, quand il a été l’un des rares à ne pas appeler à voter Macron pour battre Marine Le Pen. Un certain nombre ne se reconnait pas dans ce qu’ils appellent aujourd'hui "le tea party à la française" voulu par Laurent Wauquiez.

Et puis la force de la droite aujourd'hui réside beaucoup dans ses élus locaux : les maires de Toulouse, Reims, Rouen, Angers savent qu’ils n’ont aucune chance de conserver leur ville lors des prochaines municipales s’ils se rétrécissent sur leur base électorale, sur ces électeurs qu’ils appellent eux-mêmes "Nos électeurs Valeurs Actuelles et Sens commun". D'où leur tentation d’ailleurs, pour certains, de prendre le large et de se retrouver dans un nouveau parti qui est en train d’être imaginé par les Constructifs, ces ex-LR qui sont aujourd'hui beaucoup plus proches d’Emmanuel Macron que de Laurent Wauquiez.

Et c’est la dernière équation : l’irruption effectivement d’Emmanuel Macron dans le jeu, et la politique menée aujourd’hui sous l’égide d’Edouard Philippe, de la famille des Républicains. Comment s’opposer à la réduction des dépenses publiques, à la réforme du travail, à la baisse des emplois aidés, à la baisse des impôts, à l’allègement de l’ISF, quand tout cela était dans le programme de la droite ? Un manque d’oxygène programmatique qui contraint sans doute la droite à n’être plus qu’une droite sociétalement réac. Un peu court pour un parti de gouvernement ?