Taxe de 3% sur les dividendes : tous responsables mais jamais de coupable

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Hélène Jouan vous parle politique est une chronique de l'émission Europe matin
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L’Inspection générale des finances a remis lundi au ministre de l’Economie Bruno Le Maire son rapport sur les responsabilités ayant conduit à adopter la taxe de 3% sur les dividendes, récemment annulée par le Conseil Constitutionnel.

C’est écrit noir sur blanc : les causes du raté fiscal de la taxe sur les dividendes sont à rechercher, du point de vue de l'Inspection générale des finances, "pour partie dans un concours de circonstances extraordinaire, pour partie dans la chronique ordinaire des défauts français d’élaboration de la norme, pour partie dans des défauts systémiques d’ordre politique ou institutionnel". Vous pouvez le tourner dans tous les sens, et même tenter l’écriture inclusive, cette démonstration un brin techno ne dit qu'une seule chose : tout le monde est un peu responsable, mais personne n'est coupable. 72 pages pour en arriver là.

Un "scandale d’Etat". Pourtant, trouver un coupable à ce raté, c’était bien le but de ce rapport. C’est clairement dans cet esprit que Bruno Le Maire avait lancé l’affaire ; après avoir essuyé les quolibets de l’opposition sur le thème "Macron, président des riches" pendant la discussion budgétaire, et sonné par l’uppercut du Conseil constitutionnel annulant cette taxe de 3%, l’obligeant à trouver tout de go 10 milliards supplémentaires, le ministre avait tonitrué "scandale d’Etat", "amateurisme de nos prédécesseurs", et réclamé une enquête.

Les responsables d'hier et d’aujourd’hui. Des cris d'orfraie poussés un peu vite en réalité, parce que son changement de camp du 8 mai 2017 lui a sans doute fait oublier son Who’s Who du précédent quinquennat. En 2012, quand la décision politique fut prise d’instaurer cette taxe, Emmanuel Macron était secrétaire général adjoint de l’Elysée, en 2015 quand les signaux d’alerte se mettent au rouge, aux dires même de l’Inspection générale des Finances, il est ministre à Bercy, même si c’est Michel Sapin qui est en charge des Finances. Mais ouf - ouf pour ses bonnes relations -, le nom de l’actuel président de la République n’apparaît pas dans la liste des personnes auditionnées par l’Inspection générale des finances. Emmanuel Macron, pas plus que les autres, n’y est donc pour quoi que ce soit dans le loupé final.

Fiascos en série. Un "coup d’épée dans l’eau", persifle-t-on dans l’entourage de François Hollande, soulagé de n’être point condamné. Ce  n’est pas le premier couac de l’histoire des taxes : taxe carbone, taxe poids lourds, censées rapporter gros mais dont le fiasco a en réalité coûté cher. Il n’y a que l’Etat, et ceux qu’on nomme ses serviteurs, dans la politique ou la haute administration, pour se rendre coupables d’une telle légèreté en toute impunité. Imaginez seulement que vous ou moi fassions un tel pari avec notre propre budget.