Les tambouilles sénatoriales sentent un peu l'ancien monde

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Hélène Jouan vous parle politique est une chronique de l'émission Europe matin
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Le 24 septembre, la moitié du Sénat est renouvelé ; 170 sièges sont à pourvoir, et pourtant ce scrutin passe presque inaperçu.

C'est une élection qui passe très loin des radars. Pourquoi ? Parce que nous ne votons pas, il s’agit d’un scrutin dit "indirect" : s’exprime un collège de grands électeurs, composé d’élus des conseils départementaux, des mairies etc. Bref, c’est un scrutin entre "collègues ", un peu l’élection du délégué de classe. Il y a pourtant un enjeu politique, mais c’est vrai que quand on s’y penche, c’est d’abord un fumet de petites tambouilles politiciennes qui effleure les narines, loin du "nouveau monde" promis par Emmanuel Macron. Par exemple, sur les 1971 candidats aux sénatoriales, 273 sont des recalés des législatives. Le renouvellement, ce n'est pas trop leur mantra.

La parité aux oubliettes. Les sénatoriales donnent aussi régulièrement lieu à une petite séquence entourloupe : pourquoi favoriser des sénatrices quand on a autant de si bons sénateurs sortants ? La loi oblige à la parité ? Eh bien, il suffit de déposer plusieurs listes, avec à chaque fois à leur tête un homme. Si les électeurs ont le bon goût de diviser leurs suffrages entre la liste officielle et la liste dissidente, en réalité du même parti, bingo, ce sont deux hommes qui gagnent. Les Républicains se sont faits une spécialité de ces dissidences express.

Les négociations autour de la constitution des listes permettent de poursuivre quelques règlements de comptes mesquins. La liste sénatoriale de Manuel Valls ? Retoquée. "Pas assez moderne" a décrété En Marche!. Canossa jusqu’au bout pour l’ancien Premier ministre de François Hollande.

Une marche difficile à passer pour les marcheurs. C’est le premier scrutin d’Emmanuel Macron depuis les législatives : le 24 au soir, on jugera de sa réussite ou de son échec. Dans l’euphorie du début de l’été, les marcheurs avaient cru pouvoir annoncer un strike, avec une victoire sénatoriale. Depuis, même François Patriat, à la manœuvre au Sénat, n’ose plus avancer de chiffres. Mais plus personne ne croit à la bascule.

Petits arrangements entre ennemis. Mais le vrai enjeu politique, c’est de savoir si le président pourra disposer d’une majorité des 3/5ème nécessaire pour adopter ses réformes constitutionnelles, notamment la révision des institutions. L’exécutif a fait le deuil d’une majorité constituée, mais veut croire aux "circonstances". "Les majorités sont plastiques", sourit-on à l’Elysée. Au Palais du Luxembourg, on soigne donc son adversaire plus que ses amis ; par exemple, pourquoi Edouard Philippe n’a pas demandé de vote au Sénat lors de son discours de politique générale le 4 juillet dernier, comme la constitution l’y autorise ? Parce que l’exécutif avait fait ses comptes ; le Premier ministre aurait obtenu la confiance, et donc mis en minorité le président du Sénat, étiqueté Les Républicains. Une mauvaise manière au bon président Larcher qui n’aurait pu que nuire aux futures relations, et surtout à l’élaboration de majorités "plastiques" et donc accommodantes.