Les résultats en Italie sonnent douloureusement aux oreilles de Macron

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L'édito politique d'Hélène Jouan est une chronique de l'émission Europe matin
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Le cataclysme électoral en Italie n’est pas sans conséquences pour la politique européenne ambitieuse qu'entend mener Emmanuel Macron.

C’était un soir de printemps, il ne pleuvait plus, le vainqueur de l’élection présidentielle française avançait seul dans la cour de la pyramide du Louvre au son de l'Ode à la Joie de Beethoven, l’hymne européen. Les Européens convaincus s’étaient réjouis ; Emmanuel Macron, fraîchement élu, n’incarnait pas que le dégagisme à la française, il était peut-être annonciateur du renouveau d’une idée qui les avait tant fait rêver, et qui avait subi tant de revers, du rejet de la constitution européenne en 2005 au tout récent Brexit.

Les replis nationalistes. Dix mois plus tard, après la percée de l’extrême droite en Allemagne et en Autriche, les multiples replis nationaux, c'est au tour de l'Italie de porter aux nu les plus anti-systèmes, les plus anti-européens, et les plus anti-immigrés. Une débâcle de plus pour la social-démocratie en Europe, une victoire de plus pour ceux qui font des réfugiés et des migrants les coupables de tous les maux des pays européens, oubliant un peu vite l’épuisement économique que tant de peuples en Europe ont dû affronter. Comme si, les réfugiés étaient "la cause" et non le résultat d’une Europe indigente et impuissante à régler de façon solidaire cette urgence migratoire, comme si l’Europe n’avait pas laissé l’Italie bien seule face aux migrants de Lampedusa.

Emmanuel Macron perd un allié. Quoi qu’il en soit, ces résultats signent un échec pour le président français et sa volonté de réformer l’Europe. "Une alerte", minimise-t-on à l’Elysée où l’on rappelle qu’il y a un peu moins d'un an, ces mêmes passions tristes de l’europhobie animaient le débat français, et que c’est bien contre elles qu’Emmanuel Macron a gagné. Elles n’ont pas disparu pour autant. C’est un peu plus qu’une alerte. Le Parti Démocrate en Italie, par la figure de Matteo Renzi, était notre allié, notamment dans la réforme de la zone euro portée par la France en janvier dernier à Rome. Emmanuel Macron avait bravé la bienséance diplomatique pour prononcer les mots les plus doux qui soient à l’attention du premier ministre Paolo Gentiloni, avec qui il espérait écrire de concert "un traité du Quirinal", traité franco-italien censé être le pendant du traité de l’Elysée, franco-allemand. Ses meilleurs amis italiens engloutis par les urnes, Emmanuel Macron se retrouve un peu plus esseulé.

Le couple franco-allemand en première ligne. "Heureusement, Angela Merkel est de nouveau en piste pour quatre ans, solide, et son accord de coalition avec le SPD est plus européen que ne l’était celui avec ses anciens partenaires", tente-t-on de se rassurer à l’Elysée. "Ces résultats italiens nous obligent à donner plus encore de corps à cette 'Europe qui protège' de tous les risques, économiques - avec les velléités protectionnistes d’un Trump -, écologiques et migratoires", ajoute-t-on. Une responsabilité lourde, historique du seul couple franco-allemand désormais, à quinze mois d’élections sur tout le continent qui mesureront l’effet de contagion du rejet européen dans un de ses pays fondateurs.