Comptage des manifestants : tout le monde gagnerait à sortir de l’ambiguïté

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L'édito politique d'Hélène Jouan est une chronique de l'émission Europe matin
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Deux jours après la journée de mobilisation de La France insoumise à Paris, les chiffres diffèrent grandement selon les sources. Un problème de crédibilité pour les médias.

Samedi à Bastille, ils étaient 150 000 à avoir répondu à l’appel de Jean-Luc Mélenchon, selon La France insoumise, 30.000 d'après la préfecture de police. C’est un classique du genre à chaque manifestation. Qui croire ? Le nombre de manifestants serait-il une question de point de vue ? On peut s’écharper sur la vérité des chiffres, et certains sont soumis à des lectures divergentes : interrogez deux économistes de bords différents pour analyser le déficit budgétaire, avec le même nombre de milliards, ils n’en tireront pas les mêmes conclusions. Mais a priori, on se dit que sur un boulevard, un manifestant est un manifestant.

Méthode de comptage fiable. L'argument du comptage problématique du nombre de manifestants ne tient plus. Après les mobilisations contre le mariage pour tous, où l’on avait atteint des grands écarts abracadabrants (le rapport était de 1 à 7 selon qui comptait), une commission de réflexion avec experts indépendants avait planché sur le sujet. Verdict imparable : c’est la méthode de comptage de la police qui est la plus fiable, même si elle est perfectible. Les forces de l'ordre se placent à deux points, en hauteur, à deux endroits du défilé, et cliquent à chaque fois que 10 manifestants passent devant eux. Le directeur des renseignements ajoute même 10% pour couvrir la marge d’erreur, et un recomptage est effectué le lendemain, vidéo de la manifestation à l’appui. Certains médias ont d'ailleurs déjà mené l’expérience de comptage de leur côté. À chaque fois, la conclusion fut la même.

Auditeurs, manifestants et journalistes mieux informés. Pourquoi s'acharner à donner les 2 évaluations ? Peut-être parce que la presse est réticente à se placer du côté du manche, à savoir la police. Ce qui est inepte quand la méthode est avérée. Les médias aurait tout à gagner à sortir de ce faux-équilibre qui donne l’impression qu’elle ne veut pas se mouiller. Si elle veut contrer le débat en cours, "il n’y a pas de fait, mais tout fait peut contenir une lecture alternative", il faut qu’elle ose quand elle le peut, affirmer qu’il y a des faits bruts : un manifestant est un manifestant. Tout le monde gagnera à cette clarification : l’auditeur qui n’aura pas l’impression qu’il y a 2 réalités à apprécier selon ses convictions, mais une seule. Les organisateurs, qui pourront arguer que si la rue ne gouverne pas, elle peut se mobiliser et que cela a un sens. Les journalistes, enfin, qui pourront évaluer correctement la capacité de mobilisation et de dynamique d’un mouvement, politique, syndical ou sociétal. 

Les médias avancent sur cette question. Une réflexion est en train de naître entre plusieurs directions de rédactions, radio, télé, presse écrite, public et privé confondus (à laquelle Europe 1 participe) pour mutualiser leurs compétences, retenir une méthode et aboutir à un chiffre et une seul. C’est une question cruciale de crédibilité pour les médias.