L'enjeu du procès Cahuzac se résume-t-il à son passage ou non par la case prison ?

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L'édito politique d'Hélène Jouan est une chronique de l'émission Europe matin
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Accusé de fraude fiscale et de blanchiment, Jérôme Cahuzac n'a pas caché sa "peur d'aller en prison" lundi, à l'ouverture de son procès en appel.

"J’éprouve un sentiment assez banal de peur d’aller en prison", a déclaré lundi Jérôme Cahuzac, à l’ouverture de son procès en appel. La pression de l’opinion publique est un peu retombée et l'ancien ministre est aujourd’hui confiné au rôle de paria de la République, après avoir été le sulfureux Tartuffe qui salit tout un début de quinquennat. Mais en réclamant la mansuétude, il ravive la crainte de l’impunité qu’on prête aux puissants. La condamnation en 2016 par la Cour de justice de la République de Christine Lagarde, elle-même ancienne ministre, pour "négligence" dans sa gestion de l’arbitrage de l’affaire Tapie, tout en la dispensant de peine, a encore nourri récemment ce soupçon.

Des peines rarement purgées. Rien ne garantit cependant que Jérôme Cahuzac échappe à la prison. Thomas Thévenoud, monsieur "phobie administrative", vient tout juste de voir sa peine alourdie en appel. Et c’est sans doute cette crainte qui explique que Jérôme Cahuzac se soit adjoint les services d’un nouvel avocat, Eric Dupont-Moretti, bien nommé "Acquitator". Ce qui permet aussi à l’ancien ministre de garder espoir, c’est que les condamnés pour fraude fiscale sont assez rares à purger leur peine derrière les barreaux. Soit la peine est en deçà de deux années, et à ce titre aménageable, soit ils se débrouillent pour quitter le territoire avant, ce qui fut le cas d’un joueur de foot du club de Valenciennes qui préféra regagner le Brésil. Les juges peuvent également estimer que l’âge appelle la clémence, comme dernièrement pour Serge Dassault, condamné pour blanchiment de fraude fiscale. L’affaire est en appel.

Transparence de la vie publique. Pour autant, on est en droit d’attendre un procès exemplaire. Dans le cas de Jérôme Cahuzac, les attendus du jugement en première instance étaient cinglants, les juges parlant d’une faute "d’une exceptionnelle gravité". La justice doit continuer à appliquer pour lui, délinquant en col blanc, le même droit qui prévaut pour la délinquance de droit commun. Ni plus ni moins bien sûr pour que le sentiment de justice ne fasse pas défaut. En attendant, il faut rendre justice à Jérôme Cahuzac et à sa tartufferie effarante, d’avoir fait accomplir des progrès considérables à la lutte contre l’évasion et la fraude fiscales : création de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique, d’un Parquet national financier avec sanctions alourdies pour les fraudeurs, ou d’une agence française anti-corruption.