Le torchon brûle au Front national entre Marine Le Pen et Florian Philippot

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Hélène Jouan vous parle politique est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque matin, Hélène Jouan évoque un sujet précis de la vie politique.

Marine Le Pen décrédibilisée, démonétisée depuis son débat calamiteux contre Emmanuel Macron, Marine Le Pen out ? Pas si vite ! Ce serait oublier ce qu’est le Front national. Un parti construit pour un chef, et un chef qui s’appelle Le Pen. Marine Le Pen a sans doute flanché après son échec présidentiel, mais aujourd’hui elle a compris que sa survie passait forcément par un changement d’alliances et un changement de cap.

Arguments de fond. Un changement qui passe par le lâchage de son ex-lieutenant Florian Philippot ? En tout cas la présidente du FN mène la charge en personne contre son ancien lieutenant. Et elle a ouvert les vannes à tous ceux qui ont toujours honni son rôle de gourou auprès d’elle. Elle le fait sur des arguments de fond : la ligne politique du parti, celle de l’abandon de l’euro, de la souveraineté, du ni droite-ni gauche n’a pas eu le succès escompté. Il est urgent pour elle de changer de priorité. A l’aide de prétextes plus fallacieux, aussi, avec son rappel à l’ordre ad hominem adressé à Philippot, hier soir encore sommé de se concentrer sur l’essentiel, le parti, et pas sa petite entreprise, "les patriotes". Les vannes ouvertes, c’est encore le récent "couscousgate" mené par quelques trolls frontistes ce week-end, qui ont conclu que s’afficher à manger du couscous impliquait d’être islamo-gauchiste.

Retour en arrière. Depuis la rentrée, Marine Le Pen a très ostensiblement engagé un virage sur l’aile : abandon du discours social-souverainiste, come-back vers le FN de papa : "Sécurité, identité, anti-immigration." Cela s’appelle la refondation du parti, ça ressemble beaucoup à un retour en arrière. En face, Florian Philippot menace de partir, ou de rester ? Et alors ? Rien à voir avec l’explosion du Front national en 1998, à l’époque Bruno Mégret avait emmené 80% des cadres avec lui. Une saignée ! Avec le succès que l’on sait. Florian Philippot est trop isolé au sein de l’appareil pour que son départ inquiète. Non, le risque pour Marine Le Pen est ailleurs. 

L'ombre des proches de Marion Maréchal-Le Pen. Par son revirement, elle va se retrouver entourée de gens beaucoup plus proches de sa nièce Marion Maréchal-Le Pen, que de ce qu’elle a longtemps défendu : Nicolas Bay par exemple, qui se voit déjà en numéro 2 à la place du numéro 2, est un catholique revendiqué, un défenseur de la théorie du grand remplacement, un homme qui prône l’alliance des droites… Comment Marine Le Pen, qui depuis 2011 avait pris le contrepied de toute cette rhétorique, va-t-elle justifier ce tourneboulé ?