Pourquoi Najat Vallaud-Belkacem pourrait être la meilleure carte du PS

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L'édito politique d'Hélène Jouan est une chronique de l'émission Europe matin
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Dans un texte à paraître dans le "Nouveau Magazine Littéraire", Najat Vallaud-Belkacem dit vouloir "faire vivre" la social-démocratie, ce qui pourrait trahir un premier pas vers une éventuelle candidature à la tête du PS.

"L’avenir a plus d’imagination que toi", lui disait sa mère. C’est le titre du livre que Najat Vallaud-Belkacem avait choisi pour raconter l’an dernier son parcours. Quel meilleur slogan pour un PS assurément dans le coma, assurément sans leader ni chemin ? Avec la tribune qu'elle publie dans le Nouveau Magazine Littéraire, l'ancienne ministre de l'Education nationale a l’habileté de revenir par le terrain des idées et de poser la seule question essentielle : "qu’est-ce que le progressisme moderne?"

Refonder la social-démocratie. "Aux embourgeoisés, aux endormis", elle dit "réveillez-vous, la France a besoin d’une autre voie que celle que propose le bloc libéral, la droite xénophobe nationaliste et autoritaire, et la gauche populiste". C’est bon, vous les avez tous reconnus ? C’est le paysage politique actuel que Najat Vallaud-Belkacem dessine. Elle veut y opposer une social-démocratie refondée, en rupture avec l’ordre établi, et comme François Mitterrand avant elle, elle en appelle à toutes les forces de gauche.

Un contre-point. Ce texte parait alors que certains de ses amis la poussent à prendre le leadership sur le parti socialiste. Elles a plusieurs atouts. Sa notoriété : "Pas encore candidate et elle fait déjà la Une de Libération", se réjouissait il y a quelques jours un élu de terrain. Les militants socialistes n’attendent que ça, quelqu’un qui incarne médiatiquement parlant leur parti moribond. Sa jeunesse aussi : elle est de la même génération que Laurent Wauquiez, a le même âge qu’Emmanuel Macron, 40 ans, et un parcours en contrepoint exact de celui du président de la République. Élevés dans la même ville, Amiens, elle dans le quartier du Pigeonnier, cité Nord, lui dans le cossu Henriville. À elle les bibliobus pour découvrir les livres, à lui la culture en héritage au lycée La Providence.

Elle a construit son parcours politique en se glissant dans le sillage de parrains socialistes, de Ségolène Royal à François Hollande en passant par Gérard Collomb, lui les a trahis ou rallié à sa cause pour se lancer seul, sur sa seule personne. Elle, fille d’immigré, héritière d’un vieux parti, lui fils de médecin passé par Rotschild et "président des riches". L'’affiche est parfaite pour le PS.

Un héritage difficile à porter. Mais Najat Vallaud Belkacem a aussi un quinquennat à assumer. Dans sa tribune, elle semble se débarrasser telle une chrysalide de l’héritage, "ne nous laissons pas enfermer dans le confessionnal beaucoup trop étroit du quinquennat de François Hollande", écrit-elle, comme si elle reconnaissait qu’il y a tant à se faire pardonner. Bête noire de la droite qui sait être la plus bête du monde, quand elle multiplie à son encontre les fake news xénophobes, Najat Vallaud-Belkacem est aussi la ministre de l’Education qui a perdu le peuple de gauche avec des réformes incomprises. "Aucune synthèse interne, aucun plan media ne sauront combler la faille des innombrables batailles culturelles perdues", écrit-elle dans sa tribune. Bien dit. À elle de prouver que la prise du PS n’est pas qu’un coup de com'.