Remaniement : ce tic-tac qui s'éternise

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L'édito politique d'Hélène Jouan est une chronique de l'émission Europe matin
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Le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb avait promis un remaniement pour la journée de jeudi. Les Français attendent toujours.

Vous croyez qu’il n’a que ça à faire le président, rétorque l’Elysée quand on s’avise de faire remarquer que ce remaniement traîne un peu. Jetez juste un œil à son agenda depuis lundi : consultation pour les européennes, visite aux restos du cœur, Fondation Chirac, double séquence avec les maires. Le "ré-aménagement technique en cours", c’est la formule retenue, doit trouver sa place dans une heure creuse, et il en manquerait.

Maître du temps. Emmanuel Macron joue avec gourmandise de ce temps qui s’étire. À ses conseillers pressés de questions par les journalistes, il aurait montré une horloge : "Rappelez leur ça". Ça, c'est à dire qu'il est le maître des horloges, le maître du temps. Mais la vraie bonne raison, toujours avancé par l’Elysée, tient en un mot : "professionnalisme".  Avant de s’entourer de nouveaux ministres, le président tient à les rencontrer en tête à tête pour leur fixer une feuille de route. Un patron en quelque sorte, loin de l'amateurisme de l’ancien président, dont on a appris qu’à l’heure de nommer Thomas Thévenoud en août 2014, il savait pour sa phobie administrative, mais qu'il avait juste oublié de s’assurer que le nouvel entrant avait réglé ses problèmes. Trop tard : le secrétaire général de l’Elysée était déjà sur le perron pour égrener les noms.

Ménager les susceptibilités. Mais ce tic-tac qui n’en finit pas dénote malgré tout quelques faiblesses. Car si on en a bien fini avec la présidence bavarde et les fuites, les journalistes jouent moins que d’habitude aux courses de petits chevaux sur "qui pourrait remplacer qui". Si le début du quinquennat n’a pas donné le spectacle d’une succession de couacs, ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas de tensions, et cela explique en partie le temps à prendre pour gérer chaque cas. Benjamin Griveaux, par exemple, nommé porte-parole, est la seule chose qui semble acquise. Bruno Le Maire aurait très mal pris la chose, pas question que son secrétaire d’Etat soit plus exposé que lui. Du coup, il faut sortir Griveaux de Bercy pour ne pas faire d’ombre au grand homme et lui trouver un remplaçant.

Peu de candidats. Autre faiblesse : le vivier dans lequel puiser pour régénérer le gouvernement n’est pas très fourni, il n’y a pas encore de deuxième ligne dans la Macronie. Et puis enfin, Emmanuel Macron n’aime travailler qu’en garde très rapprochée. De préférence avec les marcheurs de la première heure, voire de celle d’avant. C’est à ce titre que  Christophe Castaner aurait obtenu de rester au gouvernement malgré sa casquette de chef de parti. Pas très "nouveau monde", mais une relation faite de loyauté totale, certains diraient d’inféodation totale, vaut bien une polémique de quelques heures .