Le président de l'Assemblée nationale sur la voie du "Name and Shame" pour les députés fainéants

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L'édito politique d'Hélène Jouan est une chronique de l'émission Europe matin
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Le président de l’Assemblée nationale François de Rugy vient d’annoncer son intention de faire appliquer des sanctions financières contre les députés qui multiplient les absences, mais il pourrait aller plus loin.

Vous avez peut-être entendu raconter la semaine dernière, sur Europe 1, l’histoire de ce ministre anglais qui a présenté sa démission à la Chambre des Lords, pour une petite, toute petite minute de retard ! Une façon de dire la haute considération dans laquelle il tient les représentants de la chambre haute du parlement britannique. Vous avez peut-être vu aussi des photos comparant le 22 janvier dernier, l’hémicycle de l’Assemblée nationale française et celui du Bundestag allemand à l’occasion des 55 ans du traité de l’Elysée. Au Bundestag, gouvernement au grand complet et toutes les travées pleines de parlementaires ; au Palais Bourbon, la seule ministre française des Affaires européennes, arrivée en retard, et des fauteuils vides. Au final, seuls 147 députés sur 577 étaient présents pour voter une résolution appelant à un nouveau traité.

Une amende pour absences injustifiées. François de Rugy a décidé de sévir contre cet absentéisme. En étant bien déterminé à user de sanctions financières qui existent déjà, mais qui n’ont jamais été appliquées. Désormais, tout mauvais élève qui se rendra coupable d’absence injustifiée à plus de deux scrutins solennels sur trois au cours d’une même session, se verra infliger une amende pouvant aller jusqu’à 4.320 euros. Il y a des radars pour flasher les mauvais automobilistes que vous êtes, et bien il y en aura aussi pour les députés multirécidivistes ! Avec une double peine : François de Rugy souhaiterait faire la publicité des cancres. Il le proposera cette semaine au bureau de l’Assemblée. Une révolution : faire du "name and shame" avec les élus, comme on le fait de plus en plus avec les entreprises qui ne respectent pas certains engagements ou certaines valeurs.

Un bonnet d'âne. L’antiparlementarisme se nourrit de ces photos d’hémicycles vides, et de Une de magazines sur le thème : "Ces fainéants que vous payez". Avec des données biaisées : tel député peut en effet être jugé hyperactif parce qu’il braille dans l’hémicycle ou qu’il défend une motion de procédure qui fait grimper son temps de parole. Mais quid du bon élève, discret, qui ne défend pas forcément un amendement en séance, qui ne l’ouvre pas mais qui fait le boulot ? Eh bien lui, curieusement, peut apparaître en fin de classement ! Ainsi, les services du président se demandent même s’il ne faut pas aller plus loin, en faisant badger les députés à leur entrée et sortie d’hémicycle afin de tracer leur temps réel de présence. Pointer comme en entreprise, se voir publiquement coiffé d’un bonnet d’âne, pourquoi pas, mais reste la question entière : au fait, dans nos institutions, à quoi servent vraiment les parlementaires face à un pouvoir exécutif tout puissant ?