Le PDG de Lactalis commence à chauffer les oreilles de Macron

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L'édito politique d'Hélène Jouan est une chronique de l'émission Europe matin
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L'opacité d'Emmanuel Besnier, le PDG de Lactalis, rompt avec le discours pro-patron du gouvernement.


Il est beau le premier de cordée, Emmanuel Besnier, le PDG de Lactalis. La semaine dernière, on a découvert que son entreprise n’avait pas jugé utile de signaler aux autorités la présence de salmonelle dans l’usine en 2011. Lactalis a profité d’une législation trop lâche, mais la loi devrait être durcie, comme l'a annoncé le ministre de l’Agriculture. Europe 1 vous a révélé comment les employés d’un laboratoire, face à la puissance du groupe laitier, ont été contraints par une hiérarchie complice de fausser les résultats de tests aux allergènes parce qu’ils avaient "peur de Lactalis".

Manque de transparence. Ensuite, on apprend qu’Emmanuel Besnier vient seulement de faire déposer ses comptes au tribunal de commerce, ce qui n’avait pas été fait depuis 2011, alors qu'il s'agit une obligation légale. Emmanuel Besnier préférait payer des amendes plutôt que de s’y conformer, un comble pour le premier groupe laitier mondial ! Son patron devrait avoir un culte de la responsabilité, il ne cultive que celui du secret et de l’opacité. La transparence pourrait venir de la justice puisqu'à ce jour une cinquantaine de plaintes a été enregistrée au parquet de Paris dans le cadre de l'enquête ouverte notamment pour "tromperie aggravée".

Un contre-exemple. Or, ces révélations en série commencent sérieusement à agacer Emmanuel Macron. Le discours du président de la République repose en grande partie sur la mise en valeur de ceux qui réussissent et l’idée qu’il ne faut pas les envier ou les vilipender, comme c’est souvent le réflexe en France. Le chef de l'Etat a à cœur de souligner que ces grands responsables créent de la richesse au profit du plus grand nombre, et surtout qu’ils sont des exemples à suivre pour la jeunesse. "Il faut des jeunes Français qui aient envie de devenir milliardaires", avait lâché Emmanuel Macron lorsqu'il était encore ministre. Mais l’attitude d’Emmanuel Besnier vient contredire frontalement l’image du premier de cordée.

Un fleuron à ménager, mais... "Le gouvernement a beaucoup donné aux entreprises et aux gens les plus riches. Ça doit aller de pair avec un engagement de leur part. On assume notre discours sur la richesse, sur les premiers de cordée, mais ça implique quelques obligations, s’ils coupent la corde, ça ne va pas", murmure un très haut responsable du pouvoir. Pour l'heure, l'exécutif ne tape pas encore du poing sur la table parce que Lactalis est un fleuron, et donc un énorme pourvoyeur d’emploi que le gouvernement ne veut pas davantage déstabiliser. Mais si les révélations continuent d’affluer, si on découvre des comportements toujours plus troublant, alors, sans doute, faudra-t-il passer du murmure au mégaphone.