Le plan de bataille du nouveau patron du PS pour reconstruire le parti

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L'édito politique d'Hélène Jouan est une chronique de l'émission Europe matin
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Le parti socialiste a presque un nouveau patron. Après un second tour, sans autre candidat que lui-même, Olivier Faure prendra les rênes du parti… où tout est à reconstruire.

On avait dit "pas le physique" ! Mais c'était sans compter sur les inénarrables remarques de Julien Dray, expert ès-commentaires sur les socialistes : "Olivier Faure, c’est un peu le Georges Clooney de la politique", a-t-il lâché après sa victoire. Avec ça, essayez d’être pris au sérieux !

Un vide générationnel à combler

Pourtant sérieux Olivier Faure l’est. "Terne, falot", a-t-on même entendu pendant la campagne. "What else ?" Forcément, ce n’est pas ça qui lui a valu de  remporter la compétition, même si la participation y fut dérisoire (37.000 votants). On s’est esbaudi, car tout le monde s’attendait à pire. Mais en 2008, près de 132.000 socialistes croyaient encore en l’avenir de leur parti. Alors quoi d’autre ? L'élection d’Olivier Faure est d'abord le fruit d’un vide générationnel. Les enfants de Mitterrand, les Jospin, DSK, Hollande, Fabius, Royal, Sapin ou Aubry ont passé la main. Et dans les petits-enfants susceptibles de porter l’héritage du parti, les Hamon, Peillon, Valls, Montebourg ou Cazeneuve se sont tous engagés dans d’autres aventures.

Restaient donc Stéphane Le Foll et Olivier Faure. Ce dernier faisait figure de jeune premier, parce qu’il n’avait été d’aucune équipe gouvernementale. Il a surtout joué du vide politique créé par les partants. Les derniers adhérents du PS ne voulaient pas entendre parler de la clarification portée par Le Foll. Ils l’avaient déjà subi avec tous ceux déjà égayés vers l’aile droite (Macron), ou vers l’aile gauche (Mélenchon). Ré-apprendre à vivre ensemble, comme leur a proposé le George Clooney de la politique, leur a semblé une tâche amplement suffisante.

Que va faire Olivier Faure ?

Ses premières interventions depuis son élection sont limpides : s’opposer, c’est ce qu’il a trouvé de mieux pour un parti d’opposition. S’opposer à l’injustice des mesures fiscales du président, le quinquennat du choc fiscal étant derrière lui ; défiler dans la rue dès jeudi avec les cheminots, en oubliant que François Hollande lui-même avait eu des velléités de réformer l’entreprise publique ; refuser - c’est plus inattendu - la révision des institutions voulues par l’Elysée.

La victoire du candidat PS en Haute-Garonne dimanche, dernier député socialiste dans le département, lui laisse espérer que la stratégie du petit village gaulois qui résiste encore et toujours a de beaux jours. S’appuyer sur Macron, plus petit dénominateur commun des socialistes, ne suffira pas. C’est une étape, et ce n’est pas faire injure à Olivier Faure que de dire qu’il est sans doute un premier secrétaire d’étape. Mais s’il esquisse la voie qui permet à son parti de redevenir central à gauche, de ré-inventer le socialisme démocratique dans un moment de l’histoire où il a été mis en échec partout et où il est grignoté par les deux bouts en France, il n’aura pas démérité de ses illustres prédécesseurs.