Les Facebook Live de Macron, Mélenchon et sa chaîne de télé : en les imitant, la politique défie les médias

  • A
  • A
Voir la vidéo sur Dailymotion
L'édito politique d'Hélène Jouan est une chronique de l'émission Europe matin
Partagez sur :

Le lancement d'une chaîne de télévision par les proches de Jean-Luc Mélenchon incarne, avec d'autres évolutions, une rupture entre le monde politique et l'information dans son ensemble.

Une journaliste accompagnée d’un garde du corps pour faire son travail en toute sécurité. A Raqqa ? Mossoul ou Bangui ? Non, en Grande-Bretagne : il s’agit de la chef du service politique de la BBC, éditorialiste politique de renom chargée de couvrir le congrès travailliste qui se tient depuis dimanche à Brighton. Devenue la cible des pro-Corbyn qui lui reprochent une couverture biaisée du Labour et qui se sont déchainés via une pétition en ligne, Laura Kuensberg travaille donc désormais sous haute protection.

Tendance au media bashing. Il faut se souvenir de la campagne présidentielle vécue par les journalistes politiques de terrain. Un certain nombre de candidats se sont laissés aller à les désigner comme bouc-émissaires de leur campagne difficile puis de leur défaite : du FN, où c’est une tradition familiale, à Jean-Luc Mélenchon qui plongea des deux mains dans le media bashing pour justifier son "à 600.000 voix près", à Fillon qui rendit coupables les journalistes de ses agissements passés, quand ils ne furent que les artisans de leur dévoilement. Un seul échappa à cette tendance, fort populaire dans l’opinion publique, Emmanuel Macron. Mais ça, c’était avant qu’il devienne président.

Aucune mise en perspective. En pratiquant une technique de "contournement", les journalistes politiques sont jugés partiaux ? Il suffit de s’en passer et d’user de ses propres tuyaux désormais à disposition. Le président Macron écarte régulièrement les journalistes de son passage, pour livrer ses activités via son Facebook Live. Pas interpellé, pas questionné, c’est tellement plus simple. Mais ça s’appelle de la communication : et si elle est légitime de la part de l’Elysée, elle ne relève pas de "l’information" puisqu’aucune mise en perspective, aucune mise à distance ne sont possibles. Le candidat Mélenchon a été l’un des premiers à jouer au jeu du "moi seul, face au peuple" sur sa télé YouTube.

Question de réalité. Aujourd’hui, les proches de Jean-Luc Mélenchon annoncent le lancement d’un nouveau média : indépendant économiquement, citoyen et alternatif. Une belle promesse, et tant mieux si ce prochain journal de 20 Heures qu’on pourra voir sur le web à la mi-janvier participe de la pluralité de la presse et de celle des opinions. Reste une question : quid des faits ? Sont-ils à ce point malléables qu’ils changent selon qui en parle ? Les politiques rêvent de médias qui leur donnent à voir la réalité telle qu’ils voudraient qu’elle soit. Le rôle des journalistes, honnis aujourd’hui et sans doute faut-il l’entendre, est normalement, de montrer la réalité telle qu’elle est.