Les vœux de Macron à la presse, sur l'air du "je t'aime moi non plus" ?

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L'édito politique d'Hélène Jouan est une chronique de l'émission Europe matin
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Emmanuel Macron enchaîne les vœux. Mercredi, ce sera au tour de la presse, avec qui le président entretient des relations complexes, d’être reçue à l’Elysée. 

"La folle au faible QI", "Joe le psychopathe", "media d’info fausses et frauduleux"… Imaginez ces insultes proférées à l’égard de journalistes par un président ! Il s’agit pourtant bien de Donald Trump, qui en dehors de Fox News, déteste la presse, qui le lui rend bien. Rien de ce climat électrique et haineux chez nous, le président est courtois vis-à-vis de la presse, certains ajouteraient "qui le lui rend bien".

Une prise de distance. Pour autant, les relations ne sont pas forcément faciles avec l’Elysée. En spectateur avisé et intéressé du quinquennat précédent, Emmanuel Macron en avait tiré une leçon : pas question de se commettre dans une intimité suspecte avec les journalistes, une nuisance pour l’intéressé, avait-t-il estimé, et un abaissement de la fonction. Finis donc la présidence bavarde et le président disert. De la hauteur et de la pensée complexe ! Et ce qui vaut pour lui vaut pour tous ses ministres et son entourage. Ils sont quelques-uns à se souvenir du savon qu’il leur a passé quand ils se sont laissé aller à des confidences en novembre dernier, avant le remaniement.

Une communication maîtrisée. Résultat : les infos estampillées Elysée sont rares et ultra formatées, le président est inaccessible même aux journalistes qui avaient leur rond de serviette élyséen depuis les débuts de la Cinquième République, quel que soit l’hôte au Palais. Rien pourtant qui puisse empêcher les journalistes de travailler. Le président prononce suffisamment de discours pour qu’on analyse sa politique, et il se met suffisamment en scène pour qu’on décrypte sa communication.

Animer la démocratie. Je vais vous dire, ce qui nous chiffonne, nous journalistes, c’est qu’Emmanuel Macron a une conscience aiguë d’un rapport de forces qui nous est aujourd’hui défavorable. Tout ce qu’il pourra dire contre nous, les journalistes, sera porté à son crédit, tant nous en manquons globalement auprès de l’opinion publique. Mais quand il utilise les canaux médiatiques, Hanouna, Konbini, ou même son interview en marche sur France 2, non pour se confronter mais pour se conforter, qu’il ne s’étonne point qu’on trouve ça très old school, loin du renouvellement des vieilles pratiques politiques et de la bienveillance qu’il appelle de ses vœux à l’égard de tous ceux qui animent la démocratie. Dont nous continuons de croire que la presse, les journalistes, nous, faisons encore partie.