Le gouvernement prend un maximum de risques en voulant les éviter

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L'édito politique d'Hélène Jouan est une chronique de l'émission Europe matin
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Le Premier ministre a annoncé mercredi l’annulation du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. En prenant un risque politique énorme, mais peut-être pour en éviter d’autres.

Tournant du quinquennat, avec aveu de faiblesse et perte d’autorité, ou mauvais moment à passer, séquence délicate, suivie d’autres tout aussi importantes pour jauger de la justesse de ce revirement ?

A priori, tout est à charge contre le président et son Premier ministre, ou presque. Presque, parce qu’à mettre à leur crédit d’abord : une décision enfin ! Et ce n’est pas rien. Ni l’un ni l’autre n’était né quand l’idée a commencé à germer. 50 ans plus tard, aucun président ni gouvernement n’étaient parvenus à faire arriver sur les lieux le premier tractopelle.

Un mauvais signal envoyé ? À charge en revanche, le déni du suffrage populaire ; le reniement de l’engagement à respecter la consultation populaire pris pendant la campagne par Emmanuel Macron et Edouard Philippe ; le dédain pour les décisions de justice qui toutes, une à une, autorisaient la construction du nouvel aéroport ; le mépris des élus locaux très majoritairement en faveur du projet, jusqu’au soupçon d’être l’otage d’un homme, d’un seul Nicolas Hulot. Ce n’est pas rien non plus. Car le message politique qu’ils envoient est terrible : une poignée d’opposants auraient raison de l’autorité de l’Etat et du droit. "C’est la fin de tous les projets d’infrastructures", tonnent les élus. C’est un risque, mais l’abandon de la centrale nucléaire de Plogoff en Bretagne après une très forte mobilisation locale, par un François Mitterrand tout juste élu, n’a pas empêché la construction de nouvelles centrales ailleurs.

Eviter l'escalade de la violence. Mais pourquoi le président et le premier ministre ont-ils néanmoins pris ce risque ? Parce qu’il y en avait un plus grand encore : celui de donner à voir des images de guerre en terre bretonne. Des blindés, des escadrons, des attaques, des tirs, et peut-être des morts… Edouard Philippe a fait le choix de l’alternative offert par les médiateurs : renoncer à ce point de cristallisation extrême que constituait Notre-Dame-des-Landes. Ce n’est pas glorieux, mais si c’était sage ?

Rester ferme sur l'évacuation. Reste la ZAD à évacuer. Et c’est sur cette séquence-là, qui doit commencer de façon imminente, que le gouvernement sera vraiment jugé. Il y parvient et l’opinion publique lui saura gré de l’ordre retrouvé, d’avoir effacé l’ardoise d’un projet du passé peut-être dépassé. Observée aussi à la loupe, sa fermeté à ne pas donner licence à quelques opposants à bloquer tout projet en cours ou à venir. On verra alors si l’autorité de l’Etat a vacillé mercredi, ou se trouve renforcée par cette décision risquée.

Mercredi, pour la première fois, seul au front à défendre une décision prise lui-même - "la plus difficile depuis mon arrivée, mais ça tombe bien, le président était d’accord avec moi" plaisante-t-il - Edouard Philippe arborait des boutons de manchette avec une salamandre. Symbole à la nature, au respect de la bio-diversité, clin d’œil d’un écolo fraîchement converti.